Si tant est que ce ne soit (toujours) pas une maladie… (2)

Publié le par 1rΩm1

 

 

Si tant est que ce ne soit (toujours) pas

une maladie

Carnets d'un rescapé

(Journal extime)

Work in progress

 

2

 

25 septembre 2020

Matin

Ma sœur m’a appelé. En fait, elle relaie un appel que je n’ai pas vu de mon père. Ma mère est atteinte d’une phlébite, et les médecins redoutent que ne se déclare une thrombose.

Je téléphone à mon médecin pour qu’il m’établisse un nouvel arrêt de travail. « Tu ne veux pas me voir ? » me rétorque-t-il. Rendez-vous est donc pris à 16 heures 30.

 

Après-midi

Je chante un peu alors que je joue au piano le Mal de vivre.

Si tant est que ce ne soit (toujours) pas  une maladie… (2)

Je me risque. Il me semble que je pourrais articuler tout ou partie du texte — et que la voix est revenue.

 

G*** me dit qu’il a dorénavant du mal à écrire, que cela va lui prendre du temps. Je lui propose donc de remplir l’arrêt de travail à sa place. Il accepte avec reconnaissance. Je lui dis que cette lenteur — remarquée les fois précédentes — doit être très handicapante, et il m’apprend alors qu’il a contracté il y a un certain temps déjà la maladie de Lyme. Je lui parle de M.-C., qu’il ne connaît pas.

 

J’ai rendez-vous avec T. à 17 heures. Je sui légèrement en retard, mais T. n’est pas encore arrivé. Je suis accueilli par Dimitri, qui lance à la cantonade un salut tout en claironnant mon prénom. Curieusement, cela me remplit d’aise — alors que d’ordinaire j’aspire à plus de discrétion. J’aperçois un collègue que je n’ai jamais beaucoup aimé. Je lui adresse un signe, sans appuyer. Je ne trouve de place au calme — il pleut et les gens se sont réfugiés à l’intérieur — qu’à deux tables de la sienne. Il n’entendra pas cependant ce que nous nous pourrons nous dire, T. et moi.

 

Je raconte surtout ce qui est arrivé à ma mère.

Je tâche de surprendre l’aisselle de Dimitri au moment où il lève le bras (je songe à Julien W., que la toison au creux des épaules affole à raison…)

Je croise un instant son regard, sans qu’il me soit possible d’interpréter son expression. Je lui dis alors que l’on voit de lui que ses yeux. « Et les bouclettes ! », réplique-t-il, sans que je sois sûr qu’il soit content de sa chevelure, pensant, quant à moi, que pareille frisure, trop prononcée ne me plaît guère.

Il m’a amusé que, dans l’un de ses billets, Eric Chevillard parle des effets de l’âge : « Quand blanchit ta toison pubienne… » Je me souviens avoir demandé à J.-M. il y a fort longtemps à partir de quel âge l’on était menacé de ce sort. Il m’avait répondu que j’avais bien le temps ! Il semble néanmoins que l’on ne soit pas égal à cette course vers la vieillesse.

 

Soir

Je téléphone à mon père. Il a vu le médecin : ma mère devra passer un scanner au cours de la semaine prochaine lui a-t-elle dit — sans autre précision.

 

26 septembre

Je lis, écris, fais du piano, regarde des films.

Il fait froid et pleut, et je n’ai pas l’envie de sortir — qu’un court instant pour vider des bouteilles dans un container à verre près de chez moi.

Je regarde deux films coup sur coup avec Isabelle Huppert, la Séparation (commencé la veille) de Christian Vincent et Valley of Love : ça fait tout de même beaucoup de séparations et disparitions et me pèse étrangement sur le moral. Le troisième opus des Chroniques de San Francisco écrit par Armistead Maupin, en revanche, réussit par instants à me divertir et m’amuser.

Mon père m’appelle. Ma mère allait bien mieux aujourd’hui. Sa jambe est désenflée. On a mis des barreaux à son lit afin qu’elle ne se lève pas.

 

Soir

Appel de Claudie. Je constate à nouveau son immodestie. Cette part de fatuité est peut-être, à la réflexion, la chose au monde la mieux partagée quand, professeur, l’on est en charge — précisément — de la parole proférée. Si l’on ne croit pas en soi, qui le fera ?

 

 

 

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