Archive GA V

Publié le par 1rΩm1

 

5 - Capitalisme du choc et désastre

(En conclusion de son ouvrage, la Stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre, Naomi Klein fait un bilan optimiste – optimisme qu'on aimerait partager –, tout en faisant un rappel des événements dans lesquels l’Ecole de Chicago et les ultralibéraux ont joué leur sinistre partition. Le « socialisme » dont il est question doit être entendu dans son sens originel – et ne désigne évidemment pas les « idéaux » d’un parti socialiste quelconque... français par exemple ! Noami Klein recense ensuite des exemples de luttes et de changements — en particulier, des exemples de refus des privatisations qui ont mis à genou un certain nombre de pays victimes de la « stratégie du choc » dont il est question.) 

« Le sale secret de l'époque néolibérale, c'est que les idéaux socialistes n'ont jamais été vaincus dans le cadre de grandes batailles d'idées ni rejetés par les électeurs, mais balayés à coups de chocs à des moments politiques charnières. En cas de résistance féroce, ils étaient terrassés par la violence pure et simple — écrasés par les tanks de Pinochet, d'Eltsine et de Deng Xiaoping. À d'autres moments, ils étaient simplement trahis par ce que John Williamson a appelé la « politique vaudou » : l'équipe économique secrète constituée par le président bolivien Victor Paz Estenssoro (celle qui enlevait les dirigeants syndicaux en masse), l'ANC qui, en coulisse, a troqué la Charte de la Liberté contre le programme économique top secret de Thabo Mbeki, les partisans de Solidarité qui, de guerre lasse, ont, au lendemain des élections, accepté la thérapie de choc en échange d'un renflouement. C'est précisément parce que le rêve de l'égalité économique est si populaire et si difficile à vaincre au terme d'une lutte équitable que la stratégie du choc a été instituée

Washington a toujours considéré le socialisme démocratique comme une plus grande menace que le communisme totalitaire, qui, facile à diaboliser, constituait un ennemi commode. Dans les années 1960 et 1970, la méthode privilégiée pour faire face à la popularité gênante du développementalisme et du socialisme démocratique consistait à les assimiler au stalinisme en gommant délibérément les différences très nettes entre les conceptions du monde qu'ils incarnaient. (Aujourd'hui, on obtient le même résultat en assimilant au terrorisme toutes les formes d'opposition.) Aux premiers jours de la croisade de Chicago, on trouve un sinistre exemple de cette stratégie dans les documents déclassifiés concernant le Chili. Malgré la campagne de propagande financée par la CIA dans laquelle Allende était présenté comme un dictateur à la mode soviétique, Henry Kissinger, dans une note de service adressée à Nixon en 1970, exposait les véritables craintes de Washington au sujet de sa victoire électorale : « L'élection et la réussite d'un gouvernement marxiste au Chili auraient certainement un impact sur d'autres régions du monde — en particulier l'Italie — et pourraient même servir de précédent. L'imitation du phénomène ailleurs transformerait en profondeur l'équilibre du monde et donc la place que nous y occupons. » En d'autres termes, il fallait éliminer Allende avant que la troisième voie démocratique qu'il représentait ne se répandît.

Pourtant, son rêve n'a jamais été vaincu. » 

Naomi Klein, la Stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre, Leméac / Actes sud, 2008, pp. 546-547.

 

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