528 - Paris – Lille – Paris : journal par (r)accroc (8)

Publié le par 1rΩm1

 

 

Paris – Lille – Paris : journal par (r)accroc

(journal extime, 19 octobre - 28 octobre 2013)

 

24 octobre [suite]

Soir

Je prends le métro jusqu’à la station la plus proche du domicile de mon logeur.

En sortant de la bouche de métro, j’ai l’impression de me trouver dans une petite bourgade, un lieu très excentré, avec de petites maisons, des immeubles pas très hauts, des commerces un peu défraîchis, alors que je n’aurai, en fait, que quelques centaines de mètres à parcourir pour m’approvisionner dans l’hypermarché d’un centre commercial non loin des deux gares découvertes le matin.

J’envoie un SMS pour prévenir de mon arrivée.

Un SMS me parvient en retour me disant de prendre mon temps : du fait de difficultés de circulation, Cyril m’avertit qu’il aura cinq à dix minutes de retard.

Je me trouve alors dans la rue où Cyril habite : je demande devant quel numéro attendre, découvrant, en lisant la réponse, que je n’en suis — littéralement — qu’à quelques pas.

 

L’attente n’est pas longue. Je vois arriver un jeune homme brun à lunettes, souriant, assez joli garçon, pas très grand — j’évalue d’un coup d’œil sa taille à 1 mètre 78, avec pour repère les 1 mètres 75 de Duncan ou de Julien, le 1 mètre 80 de C*** —, les hanches étroites et des épaules larges, attestant le sportif — qu’est Cédric de fait, apprendrai-je bientôt.

Mon hôte me fait entrer chez lui, et je découvre l’existence, d’une part, dans l’appartement d’un sympathique corniaud — sympathique puisque il n’aboie pas —, et, d’autre part, dans le salon, celle d’un canapé-lit destiné à mon couchage, sur lequel je suis bientôt invité à m’asseoir et à boire une bière.

La bière et, plus encore, le contact agréable et facile de Cyril font envoler ma double réticence devant l’absence d’une chambre privative — il en existe une, celle de Cyril, qui me demeurera inconnue, puisque je n’en pousserai pas la porte fermée — en même temps que confronté à la présence d’un chien dont j’ignorais l’existence chez mon hôte célibataire.

Nous bavardons en échangeant les renseignements d’usage. Il a vingt-sept ans, fait des études d’architecture en Belgique, du fait d’une spécialité à laquelle il tient, qui ne s’enseigne pas en France, d’où le choix de Lille. Ses parents habitent Reims, et il rentre chez eux tous les week-ends, le vendredi soir en principe, habitude à laquelle il dérogera cette fois-ci puisque j’ai réservé la “chambre” pour deux nuits. Outre Reims, nous nous trouvons sans peine divers sujets de conversation, ses études scientifiques notamment, entreprises avant qu’il ne bifurque vers l’architecture... Cyril veut que je le tutoie, ce à quoi je ne parviendrai que rarement, tandis que lui poursuivra son voussoiement initial...

Je lui explique que je suis venu à Lille jouer les touristes, que j’entends visiter le lendemain matin le musée d’art moderne de Villeneuve d’Ascq, repartirai le surlendemain après-midi, tout en comptant faire cela ou ceci — en lui demandant son avis. J’apprends alors qu’il ne veut pas me confier ses clés dans la journée, alors qu’il sera absent. Il me dit qu’en général il reçoit des étudiants venus faire des stages, occupés du matin au soir, eux et lui se retrouvant sur place, et lui les accompagnant volontiers en soirée pour leur faire découvrir la vie nocturne lilloise. Il me raconte, pour justifier son refus de me laisser aller et venir dans l’appartement, la mésaventure survenue à une de ses amies ayant donné ses clés à un habitué qui louait régulièrement une chambre chez elle : en rentrant de week-end, elle avait trouvé totalement vidé son appartement, sans recours possible contre son voleur du fait qu’il n’y avait eu aucun cambriolage, aucune effraction... Je lui dis que j’avais imaginé pouvoir aller et venir à ma guise, mais je n’insiste pas.

 

L’heure approche d’un dîner, et je m’enquiers d’un supermarché : j’avais, entre autres chambres chez l’habitant, choisi celle de Cyril parce que je pouvais disposer de la cuisine. Il m’indique un endroit, où je me rends, m’efforçant que mon absence soit courte, puisque nous avons convenu de dîner ensemble auparavant.

De fait, lui près de la chaudière, moi en quinconce et tournant le dos aux éléments de cuisine, Jo — c’est le nom du chien — dans son panier (non content de ne pas aboyer, il n’en bougera pas, ne venant réclamer aucune nourriture à son maître ni à moi) à l’autre bout que Cyril et en contrebas d’une table en formica plaquée contre un mur, chacun se préparant son plat, nous dînons tout en devisant. Outre quelques bières pour lui rendre la pareille, j’ai rapporté une bouteille de vin, que j'ouvre pour agrémenter le repas.

Il me raconte que son amie est partie en juin, rupture que n’a précédée aucun signe, prétend-il, après trois années et demie de vie commune. Il l’avait rencontrée en Tunisie, son père travaillant au Maghreb. Je ne pose pas de questions et me garde de tout commentaire. Cédric est, de toute façon, un garçon prolixe. Je me contente d’écouter, non sans plaisir, mais me réfugiant — façon commode d’éviter toute complicité masculine — derrière la barrière de l’âge, et me gardant donc bien, en l'occurrence, de toute généralité sur l’amour, ou sur les femmes. Après que la jeune fille s'est envolée, il s’est inscrit sur le site par lequel j‘ai réservé, façon, me semble-t-il puisque j'établis de moi-même le lien, de meubler sa solitude.
Il s’étonne à plusieurs reprises que je sois célibataire... Je demeure évasif. Je dis seulement n’avoir jamais envisagé de vie commune avec qui que ce soit, ce qui n’est qu’une semi-vérité. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne veux pas l’inquiéter — non plus d’ailleurs que je n’entends consentir davantage à son charme, bien réel. Je le trouve charmant compagnon, mais quelque chose d’irréductiblement hétérosexuel (à moins que je ne me trompe), autre chose de vaguement dissuasif que je ne saurais préciser, fera que je détournerai les yeux quand, le lendemain matin, vêtu d’un pantalon de jogging, il surgira torse nu pour aller de la salle de bains à la cuisine : je n’en saurai davantage de cette jolie diagonale plongeant des épaules larges aux hanches étroites, ni ne saurai jamais ce qu'il en est de son torse imberbe (ce que je n’imagine pas) ou bien obombré par de jolis poils noirs...

 

Puisque, d’ordinaire, il chaperonne ses visiteurs, leur faisant découvrir la vie lilloise nocturne, m’avait-il dit, je propose de pendre un verre.

 

Paris – Lille – Paris : journal par (r)accroc

(journal extime, 19 octobre – 28 octobre 2013)

 
528 - Paris – Lille – Paris : journal par (r)accroc (8)

© Internet

 

Il possède une golf blanche, étrangement carénée. Comme je m’en étonne — la voiture ne lui correspondant guère, me semble-t-il —, il m’explique avoir acheté ce “char” (le mot québécois conviendrait bien à l'engin !) dans l’urgence, après un accident de voiture, et ayant absolument besoin d’un véhicule. Encore a-t-il réduit et supprimé certains accessoires qui n’avaient d’autre utilité que d’être singuliers et voyants.

Il a un long téléphonage alors qu’il conduit avec une jeune fille dont je ne perçois que le timbre de voix, sans rien entendre de ce qu’elle peut dire. Je ne l’entends que lui. Même si les codes m’en sont complètement étrangers, il tient un discours de séduction à l’évidence, dont il semble parfois s’étourdir, dans des sourires d’aise que traversent aussi des mimiques d'inquiétude : il me dira ensuite avoir commencé des approches auprès d’une jeune rémoise, qu’il retrouvera durant le week-end sans trop être certain de la nature des relations qui se nouent avec elle.

 

C’est par un itinéraire qui me paraît long et décourage mon sens de l’orientation que nous nous rendons dans le Lille étudiant, plus effervescent encore que je ne l’avais imaginé. De très jeunes gens — il est vrai que ce sont les vacances scolaires —, dont beaucoup d’adolescentes, débordent des trottoirs et s’attroupent autour des bars rue de Solférino.

Il me mène dans un bar à bières — nous nous perchons sur des tabourets au bar — où le nombre de tireuses est impressionnant

Nous boirons là deux demis, en poursuivant nos bâtons rompus. Nous parlons de Reims, où il est né, de Gaudi et de Barcelone, du site de covoiturage où il s’est inscrit, entre autres sujets de conversation que j’ai gardés en mémoire. Il est un peu plus de minuit quand nous rentrons.

 

Nous déplions le canapé en skaï noir, il m’en montre le mécanisme. Il emporte le panier de Jo, qui le suit docilement, dans sa chambre.

Quand je sors de la salle de bains où je suis allé me laver les dents, je trouve, bien en évidence sur un des meubles du salon, un trousseau de clés.

 

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