649 - Novembre-décembre 2015 [pour parachever l’année…] (1)

Publié le par 1rΩm1

 

Novembre-décembre 2015

(pour parachever l’année…)

[exercice de numérologie imbécile]

[journal (s)tressé]

 

Novembre et décembre, quoique les températures en aient été parfois printanières — mais on pouvait se dire alors que ces mois jouaient les sucrés, les doucereux, les retors, qu’il y avait là une anomalie fondamentale que nous paierions bientôt ! —, ont entamé une série nouvelle de discordances malheureuses.

 

13 et 14 novembre

Si j’ai pu m’exprimer sur les événements du 7 janvier dernier, cela m’a été facilité par une conjonction déjà ouverte. Les meurtres de Cabu et de Bernard Maris m’ont aussi touché parce que j’ai été leur lecteur, sentant assez bien l’homme en l’un et l’autre derrière les dessins et les textes. Je connaissais et lisais le premier depuis l’adolescence. Un chagrin personnel paraît (à tort peut-être ?) plus évident à empoigner.

649 - Novembre-décembre 2015 [pour parachever l’année…] (1)

Pour ce qui est des attentats du 13 novembre, j’en ai appris la nouvelle le lendemain en mettant la radio, ainsi que je fais chaque matin. Evidemment, je suis demeuré sidéré — mot qu’Aymeric emploiera quelques semaines plus tard dans un de ses courriels. J’ai pensé absurdement que ce serait un curieux anniversaire pour François et Valérie, nés tous deux un 14 novembre (à quelque quinze ans de décalage). J’ai pensé aussi, en apprenant que l’état d’urgence avait été décrété, que le concert du matin n’aurait peut-être pas lieu.

J’ai pensé à Pascal et F. — à ce quartier de Paris, Oberkampf, que j’aime spécialement…

 

Le concert a eu lieu. J’avais proposé à M.-C. de m’accompagner. Elle avait acheté Libération. Il était alors question, dans cette édition bouclée durant la nuit, d’un septième attentat proche de la rue de la Folie-Méricourt — on ne peut plus près donc de la rue où Pascal et F. ont leur appartement : cette « folie » à laquelle les tueurs fanatisés auraient pu s’en prendre était plausible — à condition qu’ils en eussent connu le sens, ce qui est par trop douteux.

M.-C. était plus sonnée que moi. Je me suis souvenu que j’étais invité chez elle le soir du 11 septembre 2001. Sa fille avait téléphoné : « Maman, c’est la guerre ! ». J’avais trouvé cette proposition théâtrale, inappropriée. A nouveau, je repoussais, de tout moi, cette formulation qu'employait, à son tour, M.-C. D'ailleurs, M.-C., dont j’ai toujours admiré le courage, dans des actes militants comme dans la conduite générale de son existence, m’a paru, cette fois, geindre inutilement. Et même si, à l'évidence, les attentats avaient été un « acte de guerre », confondre un combat nécessaire avec une « guerre » (quand M.-C. et moi nous étions réjouis naguère des prises de position de Dominique de Villepin face à la seconde guerre d’Irak, réjoui de ses discours énergiques — notre vote en 2002 contre Jean-Marie Le Pen et au bénéfice de Jacques Chirac trouvant alors un sens involontaire —, et ce, même si les circonstances en étaient bien différentes) me paraissait excessif à nouveau — pour tout dire : grandiloquent, quand il aurait fallu parler non pas fort ou trop fort, mais juste, ce qui, je l'admettais intérieurement, n’était pas facile dans l’immédiateté des réactions. Car de quelle guerre parlions-nous ? et née d'ailleurs de quelle guerre — présente, récente ou beaucoup plus ancienne —, et contre qui ? ; voire (et surtout peut-être, depuis les frappes récentes en Syrie) : avec qui ? (Il m’a été, depuis, donné l’occasion de voir une caricature d’un terroriste hilare à la vue de deux autres protagonistes en train de s’écharper lors d'un dissentiment violent concernant, précisément, parailles interrogations — savoir s’il faut ou non taxer de « guerre » les opérations à mener contre Daech. Le piège est tendu, tandis qu’affaiblissent toutes dissensions à ce sujet ! [Et moi de n'être pas certain de ne pas m'être aventuré sur un terrain glissant, dans cet “allongeail”, ô combien difficile et difficultueux à écrire, objet de maint  “retapassage” inopérant — pente de laquelle je ne suis pas bien assuré de pouvoir remonter !])

 

Le concert heureusement nous a rassérénés. [Je note ce que peut avoir de macabre, d'involontairement sinistr, cette phrase, dans l'après-coup.]

Nous avons déjeuné ensuite dans un restaurant libanais.

 

*  *  *

 

Les jours suivants, j’ai fait comme tout un chacun : suspendu aux bulletins d’information, j’ai cherché à comprendre — sans jamais évidemment y parvenir.  Cependant, les rodomontades des va-t-en guerre, les bêlements des pacifistes, les discours des sociologues toujours prompts à mille explications (ou — ce qui parassait pire — cent excuses ), l’état d’urgence, les postures, les discours sécuritaires, les instrumentations machiavéliennes (l’exercice de la peur, les usages politiques d’une émotion, pour le dire avec le titre d’un ouvrage lu récemment)… m’ont paru — à moi qui n’ai bien sûr aucune autorité pour dire ni comprendre — tout aussi vains, tout aussi incompréhensibles...

J’ai eu, à ce sujet, sans néanmoins trop d’acuité, avec T. un premier différend. D’ailleurs, T. a fini par entendre mon point de vue. Je me rappelais comment on avait traîné Gilles Perrault dans la boue lors de la première guerre du Golfe. Aurais-je été député, j’aurais agi comme les six extraordinaires (peut-être n’aurions nous pas eu néanmoins les mêmes raisons !) qui ont voté contre la prolongation de l’état d’urgence pour une durée de trois mois.

 

17 novembre

Au cours de S. — à moins que ce soit sans rapport et que j’attribue à certains mouvements des effets infondés —, je me suis démis une vertèbre lors d’un exercice destiné pourtant à assouplir les hanches. J’ai donc pris rendez-vous chez P., qui m’a manipulé. [En vérité, P. me le dira plus tard, en guise de rectification : c’était plutôt une affaire de disques que de vertèbres, mais c’est, en tout cas, quoi que j'en aie, l'idée que j'en avais gardée…] L’impression que l’origine de mon mal n’était peut-être pas que mécanique, mais venait de plus loin ou de plus profond, depuis, ne m’a pas quitté… J’ai téléphoné deux fois à S. pour dire que je ne viendrais pas à son cours. Et j’enrage de devoir être, depuis, sevré d’exercice physique.

 

20 novembre

J’aurais bien voulu que jamais ne soit chanté Perlimpimpin dans la Cour des Invalides — une « cour aux murs gris » plus triste encore que la tristesse, et ce, sans qu’en l’occurrence Barbara soit en cause, même si ce n’est pas, loin s’en faut, celle de ses chansons que je préfère… En tout cas, je me suis irrité, pour le peu que j’en ai entendu, que l'interpète une cantatrice, quand il aurait fallu une voix plus démunie — pour tout dire : plus nue.

(Dans ladite chanson [et ce, pour aller contre des propos de Michel Schneider, entendu depuis à France Culture à ce sujet, qui m'ont paru stupides], il y a tout de même ces très beaux vers, que j'extrais [donc] plus longuement : Et faire jouer la transparence/ Au fond d’une cour aux murs gris/ Où l’Aube n’a jamais sa chance.…)

 


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Mon père, un jour ou deux plus tard, me faisait part d’un saignement abondant, que j’ai immédiatement attribué à un cancer du colon. Et j’ai fait taire un mauvais pressentiment.

 

(Entre-temps, Aymeric m’a écrit. J’ai écrit à Aymeric. J’étais d’autant plus — d’autant mieux ? — content de correspondre avec lui que les correspondances s’amenuisent depuis un certain temps — mais « content » naturellement pas pour cette seule raison !)

 

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