Archives GA - Ce que je sais et ignore de J.-M. en douze clichés photographiques (11) - CCCCXXXVII

Publié le par 1rΩm1

 

 

CE QUE JE SAIS et CE QUE J’IGNORE de J.-M.

en DOUZE CLICHES PHOTOGRAPHIQUES

 

11

 

J.-M., ce collègue de travail que je n’ai pas eu

 

Archives GA - Ce que je sais et ignore de J.-M. en douze clichés photographiques (11) - CCCCXXXVII

 

J’avais choisi cette photographie sans doute parce qu’elle représente (à nouveau) J.-M. en situation professionnelle.

Ce n’est pas une belle photo, elle n’est pas flatteuse pour lui. Mais elle le montre assis, attentif, concentré et pugnace, face à deux femmes assises également que l’on ne voit que de dos au premier plan, dans son rôle de conseiller : je doute, en effet, que ce soit lors de l’animation d’un stage quelconque.

Des panneaux pédagogiques d’un vert hideux affichés au mur renseignent sur tel aspect ou telle fonction de la vie des entreprises — des mots rébarbatifs, mal léchés, rugueux, y figurent : FINANCES COMPTABILITE LOGISTIQUE. C’est pourquoi — dirais-je sans forfanterie aucune — la photo m’est doublement étrangère. Mais j’aurais aimé être renseigné par J.-M. dans la situation de ces deux femmes. Je sais qu’il se serait occupé correctement de moi.

 

 

(Anamnèse : en fait, j’ai été un jour reçu par J.-M. dans son bureau, alors que nous ne nous connaissions pas encore. Ou était-ce par M., sa collègue ? ou l’une et l’autre rencontre ont-elles effectivement eu lieu ?

J’enrage — naturellement — de ne pas me souvenir. Je crois qu’en son temps, avec J.-M., nous avions discuté de cela, sans que je puisse être aujourd’hui certain de la façon dont ni avec qui se sont déroulés ces entretiens.)

 

*

*   *

 

Le jour de la crémation, après la cérémonie, une femme s’avance vers moi, que je ne reconnais pas immédiatement. Pourtant, même après trente-cinq ans et plus, après qu’elle s’est identifiée, se superposent le visage de l’adolescente que j’ai connue et celui de la femme vieillissante comme glisse sur une esquisse une image achevée sans que leurs traits grimacent.

E***, la sœur cadette de J.-L., mon premier amant, est devant moi et s’étonne que j’aie connu J.-M., en me demandant à quel titre.

Je lui explique (donc) que j’ai connu J.-M. par l’intermédiaire de François, il y a très longtemps, qu’entre elle et J.-M. une chaîne existe dont les maillons sont son frère et François.

Elle en semble émue et, tout à trac, se lance dans l’éloge vibrant de J.-M., ce collègue qu’elle voyait de temps à autre et dont elle appréciait l’ardeur professionnelle et militante, tout en rappelant l’implication syndicale de J.-M. — ce pour quoi elle ne m’apprend évidemment rien, ayant battu plus d’une fois avec lui l’asphalte et le pavé des rues — et à propos de quoi d’ailleurs j’aurais aimé trouver trace dans le tas de clichés confié par Patrice sous la forme d’une photo de manif.

E*** ne connaissait pas très bien J.-M., mais elle avait tenu à assister à la cérémonie.

Elle me demande l’âge qu’avait J.-M. Je lui dis qu’il était, comme J.-L., natif du signe du Lion, quoique né au mois de juillet six jours après lui — qu’il avait donc soixante-deux ans.

Elle s’étonne que je sache encore la date de naissance de son frère.

 

Même si je ne réplique rien, j’entends formidablement J.-M., avec ses mots, ses intonations, par derrière mon épaule, lui répondre : si tu savais, ma fille !

 

*

*   *

Quoi qu’il en soit de la qualité objective de la photographie, elle représente mieux J.-M. au travail, bien que sans doute prise “à la sauvette”, elle lui rend mieux hommage — comme E*** à son collègue défunt — que tout autre cliché plus réussi.

 

*

*   *

 

Au verso figure une date : 11.97.

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article