933 - À pas maltais (4)

Publié le par 1rΩm1

 

 

 

À pas maltais

 

Paris – La Valette - Paris, 27 décembre 2018 - 5 janvier 2019

 

(journal extime)

 

4

 

29 décembre

 

Matin

 

Je me suis — finalement — rendormi. Et réveillé tard. A travers les rideaux, je vois qu’il fait déjà jour. Ce m’est inhabituel.

La femme — ou la compagne ? — de Paul, que j’avais prise la veille pour une invitée comme moi, abusé par son origine asiatique, est déjà dans la cuisine et se prépare à déjeuner. Comme je m’apprête à faire bouillir de l’eau, elle me désigne une bouteille thermos, dont je ne m’étonne pas connaissant les mœurs asiatiques et le recours, autrement plus fréquent, à ces récipients de tailles variables aux décorations souvent exubérantes.

Elle me demande si j’ai bien dormi, et je risque cet à-propos : tout irait mieux s’il faisait moins froid. Elle me montre alors le fonctionnement du radiateur de ma chambre — rien que je ne savais déjà — et m’indique une prise électrique qui permet à la couverture de chauffer (dispositif auquel je ne compte pas recourir).

Elle se mêle ensuite de ma façon de griller le pain. Je ne sais si je dois m’amuser ou m’irriter de ses façons autoritaires. Entre elle et la vieille à l’étage inférieur qui hurle autant qu’elle fait hurler le téléviseur, j’imagine que la vie de Paul ne doit pas être facile tous les jours... Lui ne m’est pas tout à fait sympathique pour autant. Elle m’explique aussi que le robinet à droite de l’évier délivre une eau filtrée, celui de gauche étant dédié à la vaisselle. C’est cette eau impure à laquelle je m’étais abreuvé jusqu’ici. Paul avait donc omis ce détail en me faisant visiter sommairement les lieux à mon arrivée…

 

Palais des Grands Maîtres : cour du prince Alfred ; cour de Neptune [statue commandée par Alof de Wignacourt (et exécutée par Jean de Bologne ?)]
Palais des Grands Maîtres : cour du prince Alfred ; cour de Neptune [statue commandée par Alof de Wignacourt (et exécutée par Jean de Bologne ?)]

Palais des Grands Maîtres : cour du prince Alfred ; cour de Neptune [statue commandée par Alof de Wignacourt (et exécutée par Jean de Bologne ?)]

Je visite le Palais des Grands-Maîtres. L’on ne peut photographier la salle des tapisseries, tandis que je me trouve évidemment frustré de ne pouvoir approcher les deux Ribera au mur d’un des deux salons (l’une des deux photographies ayant naturellement été faite au zoom), nommé peut-être Salon des Anglais [?].

 

933 - À pas maltais (4)
933 - À pas maltais (4)

Les fresques de la salle du Grand Conseil avec ses frises retraçant le siège de 1565 par les Turcs et ses allégories sont cependant mieux accessibles.

 

933 - À pas maltais (4)

Mais mes clichés en sont médiocres.

Le musée de l’armurerie ne retient mon attention que sur des détails : ce que sont, d’abord, des mortiers, dont la taille paraît le modèle singulièrement réduit de ce qu’est en esprit un canon — l’engin pouvait être de ce fait porté par deux hommes ;

 

933 - À pas maltais (4)

et, dans une vitrine, l’armure du Grand-Maître Alof de Wignacourt, le protecteur du Caravage, dont le peintre a fait un portrait carapaçonné, que j’ai revu récemment au Louvre.

 

933 - À pas maltais (4)

 

Après-midi

 

Je dirige mes pas vers le front de mer, après avoir renoncé à déjeuner sur la terrasse du bar où j’avais pris une bière la veille.

 

Je passe devant Church of St Lucy enguirlandée — en ignorant que bien des églises ont ainsi subi le même traitement aux quatre coins de l’île.

 

 

933 - À pas maltais (4)

Il fait très beau et très doux, et je me cherche une autre terrasse où déjeuner.

 

933 - À pas maltais (4)
933 - À pas maltais (4)

L’heure est déjà fort avancée — il est bien au-delà de midi, presque 13 heures, horaire qui ne ménage guère mon estomac habitué à être à heure fixe sustenté, et j’éprouve une faim impérieuse...

 

Sur la terrasse où je me pose, je trouve enfin — ou plutôt retrouve, selon l’esprit de l’escalier qui me caractérise  —, qui me console des pensées nocturnes dominées par d’inutiles passions tristes, ce que je suis venu chercher trivialement ici : du soleil au cœur de l’hiver. Les moins qu’on puisse se dire, c’est qu’il chauffe généreusement. (Les touristes, cependant, dont ce septuagénaire en tee-shirt et bermuda, et cet autre en tongs, exagèrent !)

 

 

933 - À pas maltais (4)

Et, sous les Lower Barraka Gardens, m’est donnée dans la muraille la source d’inspiration de Renzo Piano pour son Nouveau Parlement (la pierre employée s’appelle la globigérine, ai-je appris en lisant le guide).

© Internet
© Internet

© Internet

Rassasié, j’entreprends la demi-boucle sur le pourtour de la presqu’île qui, depuis mon point de départ deux heures plus tôt, devrait me mener là, où la veille, je suis persuadé avoir laissé mes lunettes.

 

Cela fait, j’oblique, puisque bredouille et ne les retrouvant évidemment pas, sur la gauche, toujours en quête d’un magasin où me ravitailler — ce qui s’avère difficile à La Valette où je n’ai pas trouvé de supermarché, où, hormis quelques échoppes, les magasins d’alimentation sont rares.  (Au sous-sol d’une sorte de centre commercial occupé en surface par des bars et restaurants, j’ai découvert, malgré tout, la veille une espèce d’épicerie de luxe au sous-sol qui vend toutes sortes de produits frais ou conditionnés assez chers et qui n’ont guère inspiré mes talents relatifs de cuisinier… J’en ai parcouru les rayons, en renonçant à acheter de quoi me confectionner un repas.)

 

Je prolonge ma promenade jusque la moitié de l’après-midi ou presque.

Pour que ces pas ne soient pas ceux seulement du flâneur, j’effectue une visite au Fort Saint Elmo, assez proche de la maison de Paul, et visite son National War Museum. Au moins y apprend-on une part de l’histoire de Malte que je n’avais guère potassée auparavant. (Je m’amuse que, dans l’iconographie déployée, la Liberté guidant le peuple de Delacroix illustre la Révolution française, et, sur une carte censément géographique, Paris soit situé plus au sud qu’il ne l’est en réalité).

 

Je suis parmi les derniers visiteurs à parcourir les lieux.

 

 

Fin d’après-midi

 

Au couchant, la pierre jaune dont ici les bâtiments sont construits se colore d’une couleur miel belle à voir…

 

Je sacrifie au rituel, ensuite, du Caffe Cordina. Le serveur répond au nom d’Ezchiel. Les lieux tiennent davantage du salon de thé qu’un endroit où prendre un verre de vin. Les pâtisseries sont — d’ailleurs — appétissantes. Les bars devant lesquels auparavant je suis passé servent aux passants (et à leurs usagers !) une musique tonitruante qui m’a paru peu propice à mes écritures.

L’endroit est plein, mais les bruits y sont tamisés.

 

J’écris les premiers linéaments de ces lignes-ci.

 

 

 

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