1074 - Carnets d'un confiné (11)

Publié le par 1rΩm1

 

 

CARNETS d’un CONFINÉ

 

 

11

 

[Journal pas toujours extime]

 

 

(14 mars, […] 1er MAI 2020 … …)

 

 

 

25 mars

 

Nuit

 

Erection (je songe à « la gaule du matin » dont parlait plaisamment Julien). Je me dis que se branler avec ma main droite bandée ne serait ni sans doute hygiénique ni peut-être agréable. Il me reste, certes, l’autre main, mais elle prendrait sans doute le train maladroit d’un partenaire peu doué. A l'instar de Frère Jacques s'abstenant que sonnent ses mâtines, je joue les paresseux — et me renfonce dans le sommeil.

 

Matin

 

Je défais le bandage, qui a bien tenu durant la nuit. Le pansement, lui, ne tient plus. Il faudrait que je coupe le lambeau de peau qui joue le drapeau en berne auprès d’une chair sanguinolente encore. Impossible de mettre la main sur les petits ciseaux incurvés qui servent à couper les ongles et qui feraient l’affaire1. Dans ma recherche, je trouve toutes sortes de pansements, d’onguents, de désinfectants que je concentre sur la table du salon2, en me disant que je saurais faire ainsi face à de nouveaux drames minuscules tel celui survenu la veille.

 

Je me distrais de cette situation pesante en mettant en forme le sixième “post” de mon journal breton. Je préfèrerais pareille équipée, même sous les pluies continuelles des jours suivants, au confinement dont nous sommes les actuels jouets3. Quoi qu’il en soit, me reporter à ces moments m’en évade, leur souvenir ayant encore l’épaisseur nécessaire pour que j’en puisse reconstituer certains détails sans les déformer.

 

 

Journée

 

Et toujours ces appels téléphoniques qui rythment désormais — nolentes volontes — nos journées :

 

1074 - Carnets d'un confiné (11)

- de moi à M.-C., qui multiplie les postures anxiogènes, lesquelles finissent par déteindre sur les pensées et humeurs.

- de moi à A. (dont c’est l’anniversaire). Il fait froid à Arles, me dit-elle, aussi froid qu’en Lorraine.

Nous parlons un peu de Khadija.

- de Valérie (après ma promenade quotidienne), qui me dit que Denis et elle en même temps qu’ils s’occuperont du jardin me livreront quelques yaourts à nouveau.

- de mon père à moi.  Il semble que ma sœur soit à nouveau chez mes parents, j’entends ses commentaires en arrière-fond sonore — et cette présence continuelle (?) m’agace tout de même un peu…

- de T. (ce qui me fait plaisir, d’autant qu’il n’est pas apparemment pas trop vexé de ma sortie sur les lentilles à la graisse d’oie, certes plus « goûteuses » que simplement cuisinées au « naturel » — ce qui constituait en l’espèce une raillerie tout amicale puisque T., qui se soucie de son embonpoint, ne sait guère se réfréner pour des plats ou copieux ou gras), après un courriel que je lui avais adressé :

Salut T.,

 

[…]

Je  viens  d’avoir  M.-C.  au  fil […].  Tu  as  raison, elle  déprimerait  un  régiment.  Quand je lui ai raconté pour ma mère, elle a dit immédiatement que ce pouvait être le coronavirus, qu’il y a des effets secondaires intestinaux et gastriques, que je devrais contacter le service épidémiologique de B****, voire, à Marseille, le Professeur Raoult ! Elle s’est un peu calmée entre-temps en allant elle-même voir sur Internet : les symptômes gastriques et intestinaux décrits étant ceux de vomissements ou de diarrhées — et non pas d’hémorragie.

 

Tester toute la population, dirait Macron ? Ce doit être une rumeur : ce n’est pas faisable actuellement (c’est du moins ce que m’a dit M.-C. tout à l’heure), ni techniquement (seuls les hôpitaux peuvent réaliser ces tests) ni numériquement [je cherche depuis une bonne heure un mot plus précis, qui ne me vient pas] (pas de stocks suffisants).

 

Ma promenade, hier, s’est achevée par un superbe gadin :( (j’ai loupé un trottoir). Résultat : une fort belle écorchure dans le gras de la paume dans la masse sous le pouce qui fait ressembler l’ensemble à une cuisse de poulet. C’est encore à vif, et il faudra que je songe à renouveler mon stock de pansements et d’alcool quand j’irai en courses.

 

Voilà pour les nouvelles de cette demi-journée !

 

Amitiés,

 

Romain

 

-=-=-=-=-=-=-

1A partir du moment où l'on prend conscience de produire un texte crypté, peut-on arguer, ô Sigmund, que ces métaphores plaisantes de circoncision échappent pour autant au trop visible et encombrant complexe de castration ? Au lecteur amateur d’énigmes œdipiennes d’en décider.

2Et que dire du sous-texte produit par ce nouveau renvoi ?...

3Il se peut que la métaphorique souterraine se poursuive ici et fasse encore cliqueter quelque signe…

 

 

 

 

 

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