1095 - Carnets d'un confiné (28)

Publié le par 1rΩm1

 

 

CARNETS d’un CONFINÉ

 

28

 

[Journal pas toujours extime]

 

(14 mars, […] 1er MAI 2020 … …)

 

1095 - Carnets d'un confiné (28)

 

11 avril

Matin

Mon père a déposé trois masques sur le palier de mon appartement.

 

Je l’appelle ensuite. Il veut que je lui achète six (!) flacons de gel hydro-alcoolique.

 

Je passe — à nouveau — un temps infini sur mon onzième billet de Bretagne, que je destine à Aymeric (reportage photographique fait avant tout pour lui le 18 août, puisque, à son instigation, j’avais visité certains lieux) : il me faut fractionner le document si je veux l’envoyer en pièce jointe par courriel, et je m’y livre à plusieurs reprises.

 

Après-midi

J’ai rajouté de la coriandre au chili, meilleur ainsi. J’en congèle un quart.

 

Sieste (je dors une heure).

 

J’appelle M.-C. Sa petite-fille (douze ans) s’est lancée dans un journal, me dit-elle — qu’elle ne montre à personne. Un véritable journal intime de petite fille en quête de résilience, comme a pu en écrire Anaïs Nin après le départ de son père (plus jeune, me semble-t-il) : j’y rêve un instant.

J’évoque le nouveau venu chez ma nièce. M.-C. me fait remarquer qu’il tombe peut-être mal. Elle continue d’écrire aux députés, sans obtenir beaucoup de réponses.

Alors que nous conversons, je vois que Claude tente de me joindre. Cela me fait plaisir, n’étant jamais très assuré que le lien que nous avons soit autrement solide que circonstanciel, ce que en quoi j’ai peut-être tort : j’ai tendance à ne jamais trop croire aux relations, en effet, qui peuvent se nouer sur un lieu de travail… Il est d’ailleurs vrai que nous nous voyons bien davantage depuis qu’il est à la retraite.

Je le rappelle. Ils sont confinés à la campagne, sa fille (qui avait besoin d’un lieu où mettre des chevaux), lui et son mari. Il se plaint de problèmes auditifs qui créent des vertiges tels qu’il est obligé de se coucher.

Il a beaucoup aimé Palerme, où il a séjourné en février. Il a vu l’exposition Van Eyck à Gand le vendredi 13 — fermée dès le lendemain, comme l’ont été les musées à Anvers, dont il n’a pu voir que la cathédrale.

 

J’ai appelé Judith, sans nouvelle d’elle, alors qu’elle avait appelé deux fois les premiers temps du confinement. Elle rappelle. Elle évoque — comme c’est de fait beaucoup le cas sur les ondes — la situation économique catastrophique qu’on nous promet, tout en s’étonnant. Je ne suis pas sûr, de fait, que ce ne soit pas plutôt une façon de nous préparer à des sacrifices à venir au nom de la sacro-sainte économie.

Je la sens un peu déprimée. Flore et Lucien ne se montrent guère qu’aux repas du soir. Encore écourtent-ils leur séjour à table. Ils se lèvent de plus en plus tard, d’autant qu’ils sont désormais en vacances. Ils s’alcoolisent également en journée. N. ne décolère guère. Nous commentons ce que la situation peut avoir de difficile pour eux. Comme le dit Judith, nous sommes mieux aguerris, habitués à davantage de solitude qu’eux, cependant que leur jeunesse, autant que nous en puissions juger, nous paraît un peu trop dorée…

 

 

 

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