1109 - Carnets d'un confiné (35)

Publié le par 1rΩm1

 

 

CARNETS d’un CONFINÉ

 

35

 

[Journal pas toujours extime]

 

(14 mars, […] 1er MAI 2020 … …)

 

17 avril
Matin

    Je fais des rêves agités. Et suis plus hirsute que jamais au lever du lit (mes cheveux, qui n’ont pas vu le coiffeur depuis janvier, sont, il faut dire, de plus en plus longs…).

 

Journal superposé

    La Place du Marché Sainte-Catherine fait, grâce à Nicolas, sa première apparition ce 22 avril [2010]. Elle sera le lieu d’autres rendez-vous, avec Aymeric, François, et j’y viendrai en compagnie de T. ou de Khadija.

 

Correspondance avec B***

1109 - Carnets d'un confiné (35)

LUI - 30 janvier 2010, 15:02

Cher Romain,

Oui, aussi bien, la variation sur « moment/ mouvement » est pertinente et suffisamment « neutre » par rapport au récit.

Ce que je disais quant à la sous-représentation des lèvres dans ton texte n’était pas un reproche ; de même que tes nuances à propos de mon texte sur les torses. Juste un constat : « Mon corps n’est pas le même que le vôtre » (Barthes). Intérêt d’exposer un goût érotique : jamais dans ce goût lui-même (qui n’appelle jamais rien d’autre que ce constat, ou à l’inverse un constat de connivence ; sauf bien sûr dans une démarche de type « recherche partenaire qui… ») ; mais dans ce qu’il peut aider à se comprendre — ou à comprendre une « structuration » (le « comment ça marche » du fantasme, du fétiche, de l’entente sexuelle, etc.) : segment particulier d’une « science du sujet » (Barthes, encore).

(Quand je disais « se lâcher », j’entendais par là : avoir l’audace — bien légère — d’écrire un texte érotique.)

Quant aux rêves… récemment, j’en ai fait un dont je me suis souvenu — en fait un rêve récurrent de mon adolescence revenu maintenant —, pas directement sexuel, mais qui est peut-être un « clé interprétative » quant à ma sexualité. J’en parlerai peut-être. Mais j’ai une difficulté avec les récits de rêve (à les écrire comme à en lire).

« Lieux souterrains » du journal : pas nécessaire pour en ménager de recourir à des procédés aussi compliqués : il suffit de cliquer sur « journal personnel » en bas de la case destinée à un article ; la mention « journal des inscrit » est alors automatiquement dé-selectionnée, et seuls ceux qui vont lire ton blog à partir de ton portrait y ont accès.

« Torses » : bizarrement (j’aurais dû le noter), je suis moi-même peu sensible de ce côté-là. (Alors que souvent on aime faire ce qu’on aime qu’on nous fasse…) Je n’aime  pas  trop  « tétons »  non  plus ;  mais  je  citais  l’expression  « tétons sensibles » presque comme un syntagme figé (langage du réseau, puis du « minitel rose », maintenant de sites internet plus « cul » que GA).

Narcissisme, égoïsme… ou bien plutôt perversion, fétichisme (le sens non moral, psychanalytique des termes) ? Je l’ai longtemps cru. Il me semble maintenant comme toi — ayant moi aussi renoncé au « type » unique — que ce que nous prenons à vingt ans pour « notre type » sert plutôt à définir un anti-type : ce qui compterait vraiment serait le « je n’aime pas » plutôt que le « j’aime » ; mais la jeunesse répugne peut-être à définir négativement son désir ?

Quant à « ce qu’on aime chez nous »… c’est toujours surprenant quand on l’apprend. (Je veux dire : quand on l’apprend vraiment — la vérité de ce côté-là nous est plus souvent dite après la rupture ou dans le ‘trick’ sans lendemain que pendant une relation.)

Ce que je fais au Liban : ma mission consiste à mettre en place dans les universités francophones des protocoles d’évaluation qui soit permettent de constituer des systèmes d’équivalences avec les diplômes des universités françaises, soit de maintenir ou d’aménager ceux existant déjà. Comme le volume horaire prévu pour cette mission administrative ne suffisait pas à remplir un poste d’expatrié, il a fallu en outre me charger d’un cours dans une fac libanaise (au titre de la coopération interuniversitaire) et de quelques conférences (une par mois) à l’Institut français de Damas.

Très heureux moi aussi de ces échanges.

Amicalement,

B.

PS : Par définition, l’orthographe EST un surmoi.

 

MOI - 31 janvier, 22:45

Samedi 30

B***,

Merci de ta réponse, comme toujours intelligente et lumineuse. Je dois avouer d’ailleurs de ma part un procédé à quelque degré un peu malhonnête, en tout cas quelque peu truqueur, qui consiste à feindre de découvrir avec surprise ce que je sais déjà — c’est un truc d’écriture, une demi-feinte, en fait, puisque la re-découverte en reste toujours malgré tout productrice et vraie. Mais il t’arrive, toi, d’aller très vite, de prendre la transversale, d’accomplir une diagonale plus prompte que je n’imaginais — diagonale qui me donne l’impression d’arriver essoufflé au même point…

Tu me donnes, en tout cas, l’envie de me replonger dans Barthes.
Cependant, si ma réflexion sur l’orthographe et le surmoi relevait en partie de la feinte naïveté expliquée au paragraphe précédent, je crois reconnaître sous ta plume un raccourci bien de Barthes — et tout de même en partie dommageable : non, la langue n’est pas fasciste dans tous les cas. (Peut-être Barthes cédait-il d’ailleurs un peu trop à des slogans circulant à son époque… je ne sais…) Et, si je m’amusais de ce cas typique où mon surmoi s’accorde à merveille avec la pulsion correctrice, il est bien des fois où l’orthographe intéresse le moi dans sa juste expression, voire le ça dans les jeux littéraux bien leirisiens qu’elle peut produire, du moins chez moi, dans son langage tangage bien à elle — et qui naturellement irradie bien au-delà de la théorie freudienne…

Pour ce qui est des révélations sur le goût que nous trouvent les autres, du trick à l’amant pensionné, je te suis aussi — et il faudra que j’y revienne plus tard…

 

Dimanche

Lu tes deux derniers “posts”. Si c’est moi R***, qui t’ai parlé de rigueur — je ne me souviens pas de cela —, je confirme : tes circuits de balle, explorations, inclusions, tes méthodes heuristiques (donc) — je songe que mes façons de redécouvrir de possibles truismes relèvent peut-être d’une “ré-heuristique”… — sont menées avec une évidente rigueur. Ton goût du lien m’a rappelé certains index — affectionnés, me semble-t-il, par RB —, mais les possibilités de ces raccourcis informatiques sont peut-être plus opératoires encore (à condition que ces liens ne soient pas des lianes, prises puis aussitôt abandonnées, ce qu’une recherche par index exclurait sans doute).

Pour rebondir sur ce que j’écrivais hier, avant l’âge de trente ans, j’ai surtout vécu de tricks, et il est vrai que là aussi des raccourcis et des transversales étaient permis....
En revanche, tu m’as fait découvrir des codes langagiers dont j’ignorais tout — mais ce dont je te parle date, ou peu s’en faut, d’avant le Minitel, et, depuis, j’ai connu le compagnonnage prolongé… Tout de même, je déplore que R. ne m’ait pas confié en son temps mais trop tard le goût qu’il avait de moi : cela aurait rassuré mes perpétuelles inquiétudes et peut-être — qui sait ? — aurait pu aplanir les effets de l’onde de choc (peut-être l’aurais-je d’ailleurs ainsi mieux comprise) que la rupture a pu engendrer…

Dis-moi  —  si  tu veux bien : que faisais-tu avant ton emploi actuel dans ces pays du Levant  —  et  que  feras-tu  ensuite  (au  prochain  automne, si  ma  mémoire  est bonne) ?

Du coup, tu vois, je suis ton mode d’emploi : je te pose des questions pour que tu me parles de toi… Mais tu peux faire de même en retour. (Il faudra — plus tard peut-être — que je développe en quoi tu me donnes l’effet d’être un jeunot face à toi — effet bien agréable et paradoxal, qui contrarie en quelque sorte les effets de l’âge et m’ôte des complexes, notamment celui de ne pas me sentir très intelligent face à toi !)
Voilà. Au fait, merci pour tes précisions concernant le « journal personnel » sur GA. N*** m’avait déjà signalé cela, mais d’une façon moins limpide, il faut croire, parce qu’il me semble avoir essayé d’appliquer mais en vain ce qu’il avait tenté de m’expliquer. Les lieux souterrains étant désormais ménagés, je crois que je les utiliserai comme tels…

A bientôt de te lire.

Bien à toi,

Romain

*  *  *

17 avril 2020 [suite]

Après-midi

    Sieste d’une vingtaine de minutes. J’avais mis de toute façon le réveil pour assister à l’assemblée générale des personnels de mon établissement.
    Celle-ci aura duré un peu plus de trois heures un quart. Cela aura fait un vrai bien fou d’entendre ce concert de voix connues — et appréciées pour certaines (quelques-unes…) d’entre elles ! Bien sûr, il a fallu faire quelques compromis, arrondir un peu les angles quant à quelques formulations, du fait notamment du représentant [de tel syndicat], un gentil garçon (que j’aime bien, quoi que j’en aie) souvent trop « gentil » et moins offensif qu’on aimerait qu’il soit et avec lequel j’ai (donc) assez souvent maille à partir !

    Je reçois un appel téléphonique de Marthe alors que je quitte mon garage après avoir déchargé quelques marchandises du coffre de ma voiture.
Elle a amené l’une de ses chattes chez le vétérinaire. L’animal s’en trouve désormais affublée d’une collerette afin qu’elle ne se frotte pas l’œil et que l’on puisse y mettre des gouttes : tout cela — outre la promenade du chien, il faut poursuivre et attraper la chatte… — occupe passablement leur journée.
Je les sens pourtant assez excédés de la situation, surtout Paul.


Soir

    Je regarde un documentaire sur Brassens.
L’homme me plaisait plus que le “chanteur”, et bien davantage certains de ces textes dans leur écriture dix-septiémiste, plus proche en vérité de La Fontaine que de Villon — non que j’aie jamais cru que la musique de ses chansons soit facile (sauf peut-être pour certaines d’entre elles, proches dans leurs mélodie et paroles de la veine — avouée — des chansons populaires). Certaines de ses provocations, en outre, faisaient mouche.
Pareille voix manque, d’autant qu’il aurait détesté le politiquement correct qui sied et siège partout aujourd’hui.

 

 

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