1132 - À la napolitaine (13)

Publié le par 1rΩm1

 

 

 

À LA NAPOLITAINE

 

RÉCIVIDE

ET (NOUVELLE) TRANCHE (DE VIE)

 

(Journal extime)

 

PARIS - NAPLES - PARIS - ****

 

(16 février - 1er mars 2020)

 

13

 

24 février

Ma longue dérive, contrairement à ce que j’avais escompté, ne m’aura pas rendu le Pausilippe — et la promenade entreprise ne résonnait pas toujours, loin s’en faut, de cris ni de soupirs nervaliens. Pour l’essentiel, sans être tout à fait une journée perdue, j’aurai poursuivi des fantômes, sans rien étreindre, en remettant mes pas dans des pas anciens — et en égarant d’autres.

 

Matin

J’entre d’abord dans Santa Maria dell Anime del Purgatorio ad Arco, pour apprendre que l’Estassi di San’Alessio est encore retenu à Paris pour la Mostra Luca Giordano au Petit Palais — peinture qui n'avait pas particulièrement retenu mon attention. Subsiste cependant cette représentation des âmes de purgatoire…

Santa Maria dell Anime del Purgatorio
Santa Maria dell Anime del Purgatorio

Santa Maria dell Anime del Purgatorio

Je fais retour à la Balisica di San Lorenzo Maggiore. Cette fois, je photographie « la grande cona d’altare in terrocotta » , qui a totalement perdu sa dorure et que l’on attribue à un artiste de Lombardie ou d’Emilie de la seconde moitié du XIVe siècle.

San Lorenzo Maggiore, IV cappella a destra, Cappella di S.Rocco
San Lorenzo Maggiore, IV cappella a destra, Cappella di S.Rocco

San Lorenzo Maggiore, IV cappella a destra, Cappella di S.Rocco

Autre récidive à la cathédrale, où je photographie le dôme de la chapelle consacrée à saint Janvier.

Duomo, dôme de la chapelle de San Gennaro
Duomo, dôme de la chapelle de San Gennaro
Duomo, dôme de la chapelle de San Gennaro

Duomo, dôme de la chapelle de San Gennaro

 

Après-midi

J’entreprends ensuite un périple hasardeux, en quête de Nerval et de Virgile.

Je descends d’un bus qui m’a mené Via Posillipo et vais un peu au hasard, pour profiter autant que possible du front de mer.

1132 - À la napolitaine (13)
1132 - À la napolitaine (13)

Celui-ci, sans que l'on puisse toujours l'atteindre, mène aussi vers des sites industriels, qui, pour n’être pas beaux, n’en impressionnent pas moins…

1132 - À la napolitaine (13)

J’espère encore, poursuivant mon chemin à pied, accéder à la Grotta di Seiano, et la visiter. Las, ce n’est pas encore la haute saison touristique et je me heurte à une grille.Je vais ensuite jusqu’à une pointe avancée — Spiaggia Libera di via Nisida qui me dissimule la baie voisine, trop à pic pour que je puisse espérer la contourner et la rejoindre.

1132 - À la napolitaine (13)
1132 - À la napolitaine (13)

Heureusement — car la pente que j’ai précédemment dévalée est rude — un bus qui passe, qui me ramène en arrière, et que je prends sur quelque deux kilomètres tandis que je suis attentivement la progression du véhicule sur mon téléphone portable afin de descendre à un arrêt qui mène Parco Virgiliano.

Sur place, je m’aperçois progressivement que ce que je photographie est la Baia di Trentaremi et que j’ai vue sur le parc archéologique du Pausilippe, lequel doit être cependant aussi fermé que la Grotta di Seiano.

1132 - À la napolitaine (13)
1132 - À la napolitaine (13)
1132 - À la napolitaine (13)
© Internet

© Internet

Je renonce alors à une promenade qui m’en rapprocherait et reprends le bus en direction de la Via Posillipo jusqu’au Palazzo Donn’Anna

1132 - À la napolitaine (13)
1132 - À la napolitaine (13)

presque en face de cet immeuble de 1915

1132 - À la napolitaine (13)
1132 - À la napolitaine (13)

dont le voisin ne manque pas non plus d’intérêt…

1132 - À la napolitaine (13)

Je décide ensuite de retourner voir les palais de la Via dei Mille,

Palazzo Leonetti, Giulio Ulisse Arata (1908-1910)

Palazzo Leonetti, Giulio Ulisse Arata (1908-1910)

et, chemin faisant, photographie la Cassa harmonica, débarrassée ce lundi de ses amoureux et de ses mouflets déguisés.

1132 - À la napolitaine (13)
1132 - À la napolitaine (13)

Et, puisqu’il est accessible, je découvre l’escalier hélicoïdal du Palazzo Mannajuolo.

Palazzo Mannajuolo
Palazzo Mannajuolo
Palazzo Mannajuolo
Palazzo Mannajuolo

Palazzo Mannajuolo

Palazzo Mannajuolo (frise de l'entrée)

Palazzo Mannajuolo (frise de l'entrée)

 

Soir

Mon père me téléphone, qui s’inquiète de la progression du coronavirus en Italie.

 

 

Postscript [janvier 2021]

 

J’ignore encore que mes pas ont été précédés par les pas de Mathieu Riboulet. J’ignore encore que je vais à contre-temps, décidément — et que je n’aurai pas, en l’occurrence, la même chance que lui, ni dans ma déambulation, ni dans quelque façon d’ouvrir ou d’avoir vu s’ouvrir le chemin…

Et c’est par des brisées dues à Simone Perez, qui « a été [son] professeur de lettres [quand Mathieu Riboulet était élève en classe de] première et terminale », que j’apprendrai cela.

Cependant, je goûte fort le décalage — et l’ironie de la chose, l’ironie étant précisément toujours un décalage, non pas dans le temps, mais dans une retombée de l’esprit, une pensée de l’arrière, ou, parfois, une pensée gravie à reculons dans cet esprit que l’on appelle « de l’escalier ». — Sans compter qu’il est d’autres esprits, dont le souvenir nous hante, sans que ce soit triste pour autant, et dont l’on prononce le nom à mi-voix pour les con-voquer.

 

En tout état de cause, voici ce que je lis dans ce Compagnies de Mathieu Riboulet acheté la dernière fois que j’étais à Paris à la mi-septembre de l’année sinistre qu’a été l’année deux mille vingt, ouvrage achevé le six octobre — et plutôt vite lu à présent que toute lecture m’est difficile :

 

Le voyage à Naples est prévu, un appartement est d’abord trouvé avec terrasse et vue sur le Pausilippe ! Finalement ce sera un autre face au Vésuve, les pieds dans l’eau, 15 via El Eldorado.

Le 23 juin 2005, je reçois une belle carte de Naples : « Une carte pour commencer, je me suis que la Naples de La Douleur de chardonneret devait ressembler un peu à ça. Dans l’intervalle les choses ont changé, mais l’avantage de la littérature c’est qu’elle reflète si admirablement l’essence même du réel que le sentiment premier est une certaine familiarité. »

Ces trois semaines napolitaines sont occupées par des promenades et des visites dans la ville et ses environs. Le 10 août, à la fin du séjour, Mathieu m’en fait le récapitulatif.

Ils ont vu Capri avec les traces de Malaparte, ils sont allés au-delà du Pausilippe jusqu’aux champs Phlégréens sur les traces de Virgile, à Pompéi, hélas trop fréquentée ; et surtout ils ont visité à Naples d’innombrables palais et églises.

(Compagnies de Mathieu Riboulet, Simone Perez “En compagnie d’Anna Maria Ortese”, Verdier, 2020, p. 83.)


 

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El Desdichado

Gérard de Nerval

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.


 

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Et ceci, concernant Virgile :

Virgile à Naples, une figure surnaturelle

Virgile fut très attaché à Naples et à la Campanie : il y résida, y situa de nombreux épisodes clés de son Enéide, et y reposa après sa mort. La ville le lui rendit bien puisque s'y développa fortement le culte du poète. Des symboles importants de l'identité de la cité lui furent attachés : la virginité et l'hermaphrodisme (Virgile étant considéré comme chaste, voire présumé homosexuel), ou encore l'œuf […]. L'œuvre anonyme Cronaca di Partenope datant du 14ème siècle et narrant l'histoire de Naples de l'antiquité jusqu'en 1343 fait une part belle à Virgile et aux légendes qui l'entourent, contribuant ainsi à les propager.

La tradition populaire napolitaine transforma peu à peu Virgile en mage thaumaturge, la ville ayant été témoin de ses pouvoirs surnaturels et de ses multiples prodiges : il aurait ainsi caché un œuf magique dans le Castel dell’Ovo dont la destruction entrainerait la ruine de la cité ; grâce à un rayon de soleil, il aurait creusé en une nuit le tunnel de la Crypta Neapolitana afin de permettre aux pauvres d'aller guérir leurs maux dans les champs phlégréens ; il aurait disposé du pouvoir de créer des sculptures magiques : il serait ainsi le créateur d'une statue d'un cheval dotée de pouvoirs de guérison miraculeux […], ou encore d'une mouche en or qui aurait chassé les mouches de Naples... Enfin, un laurier poussa spontanément près de sa tombe et était supposé avoir des propriétés miraculeuses : c'est pourquoi les femmes en cueillaient et mâchaient les feuilles...

http://www.bellanapoli.fr/decouvrir/societe-art-de-vivre/folklore-traditions/culte-virgile/


 

 

 

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