Discothèque : éléments datés (5)

Publié le par 1rΩm1

 

 

work in progress

 

Pour les Pascal(e)

(ici diversement (re)nommé(e)s),

 

2 août 1978/ 12 mai 2021, matin

On me livre le nouvel amplificateur, commandé l’avant-veille. Et j’ai reçu, au lendemain d’un week-end dont le samedi (8 mai) était férié — après deux essais infructueux, deux chaînes de magasins me remboursant coup sur coup mon achat à la suite d’une rupture de stock du fabricant ! —, du vendredi au lendemain lundi ouvré, après plus de six semaines d’attente déçue, la platine-disques que j’avais tant convoitée…

Jescompte beaucoup du plaisir d’écouter de la musique puisque désormais  équipé  sur  les  deux  niveaux  de  mon  appartement  d’un  matériel correct (et mieux que « correct » au second étage). J’ai fait des adieux émus au précédent amplificateur (après quelque trente années de bons et loyaux services), appareil que j’avais payé fort cher à l’époque mais qui se montrait parfois capricieux en se refusant à restituer, sur les deux enceintes, la musique espérée, et, à ce cloche-pied importun pour l’une de ses voix, mêlait alors des crachotements calamiteux.

L’installation et sa vérification me prend le reste de la matinée.

 

12 mai 2021, après-midi

 

Pour l’heure, je me livre à des essais en vue d’enregistrer sur la platine mini-disc — récemment achetée elle aussi, d’occasion, ce genre de matériel ayant totalement disparu, mon baladeur n’ayant pas résisté à la tourmente du temps, ce dernier ayant été lui aussi remplacé — certains morceaux d’un 33-tours de Patti Smith (afin de les compléter d’un CD — entier — emprunté à la médiathèque locale).

Je n’ai jamais entendu avec une telle précision, une telle profondeur de champ, une telle puissance, ces chansons, lesquelles s’ensauvagent encore sans forfanterie, chansons pourtant écoutées à mainte reprise au cours de mon adolescence. Il est vrai que les enceintes , achetées en même temps que l'ampli historiqe, concourent à la dynamique de ce rock revivifiant, jamais baveux, qui étage superbement ses lignes toujours mélodiques, toujours inventives, toujours dynamiques, toujours fastueuses.

Au vrai, le rock n’est pas (loin s’en faut !) ma musique favorite. Voire : je ne n’aime guère au fond le rock tel qu’il a déferlé dans les années cinquante. (Tant pis, l’avis du béotien est lâché. Haro sur l’âne.) Mais Patti Smith, mais Lou Reed (aucun disque daté, parmi ceux que je possède) — alors que les amis des années lycée m’imposaient dentendre certains disques, d’autant que l’amplificateur à lampes de mon mère (peu fait pour le rock, en vérité) avaient leurs faveurs… — mais Lou Reed et Patti Smith m’ont d’emblée conquis.

Parmi les éléments datés de ma discothèque (que je ne prétends aucunement idéale), je m’étonne que je ne me sois procuré que si tard, le 2 août 1978, cet album-ci. — C’était donc après la rupture avec J.-L. ; or, j'aurais juré le contraire.

Un détail me prouve qu’il ne pouvait en autrement — de ce disque comme des amour mortes et chassées : ℗ 1978.

J’écoutais (je crois) Horses, auparavant, en effet… (même si je n’en ai acquis l’album qu’ensuite, si je m'en remets à un même détail : 1975, réédition de 1978).

 

Sur la couverture du disque, un autre et dernier (pas pour autant ultime ?) détail me plaît quand je la regarde aujourd’hui : la rockeuse n’a pas les aisselles rasées, comme si elle avait refusé cette allégeance aux canons féminins.

Discothèque : éléments datés (5)

 

Au verso de la couverture, je trouvais très séduisante la photographie du musicien le plus à gauche, et plus encore celle qui figurait sur l’album Horses, troisième en partant de la gauche.

Ivan Král © Internet

Ivan Král © Internet

(J’ignorais quelle aura entourait et entourerait le cliché en noir et blanc dû à Robert Mappelthorpe ; j’ignorais la mythologie autour du couple que lui et elle formaient ;

Discothèque : éléments datés (5)
Discothèque : éléments datés (5)
Discothèque : éléments datés (5)
Discothèque : éléments datés (5)

je ne découvrirais que plus tard d’ailleurs quelques-unes des photographies les plus célèbres de Mappelthorpe — et réactualisant bien plus tard encore mes souvenirs lors de l’exposition parcourue en compagnie d’Aymeric au Grand Palais, ou celle vue à Edimbourg

Discothèque : éléments datés (5)
Discothèque : éléments datés (5)

images on ne peut plus posées et jouant d’une fausse candeur autour des stéréotypes de jeunes gens rimbaldiens, premiers communiants démoniaques aux gueules angéliques, comme on se plaît à le répéter pour enfiler à plaisir d’autres clichés…

Discothèque : éléments datés (5)
Discothèque : éléments datés (5)

L’androgynat du modèle, avec son uniforme de collégien ne m’échappait toutefois pas…)

*  *  *

Quel bonheur de découvrir sur mon nouvel ampli un CD — Dream of Life (photo du même Mappelthorpe) — que je ne connaissais pas, la paresse ne m’ayant pas menée jusqu’à son écoute dix ans plus tard…

Discothèque : éléments datés (5)

 

(Avais-je enterré ma jeunesse ? Je ne crois pourtant pas ! La preuve tangible est qu’elle m’est redonnée aujourd’hui par d’autres voies…)

Je me suis dit d’ailleurs que, s’il me fallait trois chansons au réveil, ce seraient — bien sûr — A mourir pour mourir, la Violence et l’ennui, et, last but not least, People Have the Power.

Evidemment, à bien y réfléchir, je trouverais bientôt d’autres titres…

*  *  *

Comment la musique a-t-elle pu ne pas me manquer à travers toutes ces années ?

(Et merci à Paul de m’avoir apporté — et donné — dernièrement les quatuors 11 à 13 de Shostakovich… J’y associerais dorénavant ces jours passés sans bars durant lesquels nous sommes réunis, T., Marthe et Paul, M.-C. parfois, et où nous écoutions de la musique parfois…)

 

 

 

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