1195 - Journal de l'hôpital (15)

Publié le par 1rΩm1

 

Journal de l’hôpital

(25 mai - 5 juin 2020)

Journal d'un rescapé

Work in progress

15

 

1195 - Journal de l'hôpital (15)

 

Jeudi 4 juin [suite], après-midi

Mon père a demandé à me voir — et a obtenu, pour ce faire, un droit de visite exceptionnel.

Il a tergiversé quelques jours avant de m’en informer : ma mère a dévissé le jour de la Pentecôte. Ce soir-là, mon père me téléphonait, et j’entendais parler ma mère continûment — tandis que lui s’adressait à ma sœur, en lui demandant de la faire changer de pièce (j’ai déjà évoqué cela auparavant) et pouvoir converser. En fait, elle a connu un épisode délirant tel qu’on a dû l’hospitaliser aux urgences. Elle y séjourne depuis. Il a fallu l’attacher, tellement elle s’est montrée agitée. Elle ne parle pas (en une curieuse Pentecôte [songé-je dans l’après-coup], qui l’a fait délirer dans toutes les langues et l’a privée ensuite de tout moyen d’expression). Elle refuse de s’alimenter. Et ne reconnaît personne. (Sur le moment, comment ne pas imaginer que sa détresse a pu être liée à mon  hospitalisation, celle-ci tendant comme un miroir à sa propre situation, à ses propres accidents vasculaires cérébraux, le premier survenu onze ans plus tôt ?)

Mon père a entrepris des démarches pour la placer (elle était de toute façon devenue — de mon point de vue — ingouvernable pour mon père. Etalant tranquillement — ou très agressivement parfois — caprices et refus. Ne mangeant plus que, pire qu’une enfant, selon ses envies, engloutissant ainsi des quantités invraisemblables de fromage. Refusant de sortir. Refusant d’aller aux toilettes. D’où des fuites urinaires incontrôlées. Refusant, en outre, de se laver. Menant une vie végétative, du lit au canapé, du canapé à la chaise où s’attabler pour manger, de la chaise à la dormeuse, et de la dormeuse au lit.) Mais, comme ma mère est classée « GIR 2 » par quelque autorité sanitaire, cela nécessitera un type d’établissement particulier et des investigations peut-être longues.

Autre nouvelle qui jette les un et les autres dans l’inquiétude : mon neveu, âgé de quelques mois seulement, a été lui aussi hospitalisé en raison d’une forte fièvre. Son état est assez alarmant.

Décidément.

 

Après-midi

Comme l’on n’explique jamais que très peu la sorte d’examens que l’on me fait passer — et moins encore leur visée —, dans l’attente de cette échographie de la région du foie, je crois à un cancer qu’on aurait diagnostiqué et m’imagine un organe durement métastasé au fil des  grosses minutes que dure le moment avant que l’on introduise dans le temple sacré des rayons X, laissant donc sourdre entre-temps une forte angoisse.

L’accueil au premier abord un peu rude de la femme qui officie est toutefois bientôt suivi, après ma demande d’éclaircissement, d’explications — il s’agit simplement, me dit-elle, d’entreprendre tous les examens nécessaires et de faire le tour en quelque sorte de mon état de santé — qui parviennent à vaincre mes dernières réticences et à trouver en définitive mon interlocutrice autrement plus aimable.

Assiste à l'examen en vue sa formation un jeune interne. Son air appliqué sous mon masque achève de me persuader de l’innocuité des vingt minutes que dure l’investigation.

Se doutait-il que j’aurais aimé le démasquer, afin de savoir si sa personne, selon toutes apparences bien séduisante, ne cachait pas quelque défaut, qui l’aurait fait peut-être toutefois aimer davantage ? Quoi qu’il en soit, l’examen de l’image de mon ventre intérieur (mon ventre “réel”, dénudé pour la circonstance,  et que je plaque, vaine coquetterie sans doute puisque ce n’est pas là que les regards se braquent, autant que je peux vers mon nombril !) est l'objet de toutes sortes de compliments sur la santé de mon organe, commentaires précieux qui suffissent à me délivrer de l’angoisse précédente — tandis que je songe à J.-M., qu’auraient ravi pareils officiants, si quelque Pythie jamais avait pu le soulager du mal dont lui-même avait été atteint dans « la région abdominale-pelvienne », puisque mon angoisse, au vrai, était partie de souvenirs de conversations que nous avions quelque huit ans au moment calamiteux où lui-même avait appris qu'il était atteint du cancer…

 

Soirée

Je reçois un appel téléphonique de Pascal — le tout premier, hormis la proche famille. Je suis bien content de parler avec lui.

Du fait d'une fausse manipulation, j’appelle Denis, alors qu’il est presque vingt-trois heures.

Rentré dans la chambre, je constate que mon voisin de lit somnole en face de la télévision allumée. — Je n’en peux décidément plus de ces écrans qui vomissent leurs maelstroms de bruits et d’images…

 

5 juin, 4 heures du matin

Nouvelle fuite urinaire du monsieur, qui convoque les aide-soignantes de service.

 

7 heures 30

Le même donne des coups de téléphone — et me réveille. Tout porte à croire que la ponction lombaire lui a été correctement administrée… Je m’en réjouis davantage que ce téléphonage intempestif.

(Dès le début de la nuit, tout le service était en retard, et il faut patienter — inhabituellement — qu’on apporte le plateau du déjeuner…)

 

 

 

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