1204 - Journal de mon sommeil (6)

Publié le par 1rΩm1

 

 

Journal de mon sommeil

 

(Journal extime, 19-21 juin 2021)

 

Work in progress

 

6

1204 - Journal de mon sommeil (6)

 

21 juin 2021 [suite]

Je suis chez moi à 11 heures 15.

M.-C., rentrée de Dieppe, a laissé un message. Je la rappelle, en l’invitant à nous retrouver dans l’après-midi.

 

Après-midi

J’ai si peu dormi — un comble ! — ces deux derniers jours que la sieste est bienvenue. Je m’assoupis presque une heure, me réveillant toutefois avant que mon père n’arrive.

Nous trouvons ma mère réveillée, mais peu — sinon pas du tout — réactive. La veille, m’avait dit mon père, son sommeil était agité, contrairement à bien des fois où, couchée sur le dos, son immobilité était quasi constante. Nous partons après que, vingt ou vingt-cinq minutes plus tard, elle s’est endormie. Ne pas lui dire au revoir me perturbe un instant. Je forme des vœux — à rebours d’autres occasions — pour qu’elle ne meure pas entre-temps.

*  *  *

Nous arrivons en ordre dispersé les uns et les autres sur la terrasse où nous avons rendez-vous. Paul est déjà installé — comme à son accoutumée — quand j’arrive. Je raconte une première fois les quarante-huit heures écoulées. M.-C. nous rejoint, moins en retard qu’elle en a l’habitude. Je retrace, une deuxième fois, mon séjour à l’hôpital. Survient T., qui ne devait pas venir (m’avait-il dit), surpris de trouver M.-C. — plus ou moins troublé sans doute puisqu’ils s’étaient âprement querellés auparavant lors d’un différend d’ordre politique, lui, s’emportant brusquement et nous laissant sur place à cause de cela…

Il nous rapporte qu’il a séché le conseil d’enseignement auquel il devait assister pour venir. Il amorce une narration des événements de la matinée, en l’espèce une réunion d’harmonisation concernant les écrits du baccalauréat (sujet de dissertation infaisable, questions stupides de ses collègues, consignes de bienveillance confinant au laxisme…) et paraît prendre au sérieux l’intervention de Paul comme quoi tout cela ne nous concerne et ne nous intéresse que peu. T. sinterrompt alors. Il me pose quelques questions à propos des deux journées que je viens de vivre. J’élude quelque peu pour ne pas lasser Paul et M.-C., retardant au lendemain (sans le dire) un récit plus circonstancié puisque nous avons prévu de nous retrouver le lendemain, lui et moi, avant que je parte.

A son tour, Marthe survient, et je relance T. à propos du baccalauréat. Lui aussi a été informé des perturbations qui, le matin même, ont eu lieu dans certaines académies — Lille notamment — au cours du « Grand oral », cette nouveauté débiloïde instaurée par le ministre Blanquer. Elèves sans interrogateur, interrogateurs sans candidats, enseignants convoqués au pied levé pour interroger sans qu’ils sachent de quoi il retourne, entre incidents grotesques.

Bien sûr, Paul, M.-C. et T. — à pas mesurés (il faut éviter de froisser les susceptibilités…) — évoquent les élections. Quoique prudente, M.-C. se montre critique sur les positions du président de la France insoumise. Elle ajoute qu’elle aimerait assister au congrès du parti de Jean-Luc Mélenchon — et soulever alors quelques questions. Je plaisante quelque peu : elle avait déjà participé à des journées du séminaire de Michel Onfray, était intervenue lors des questions du public, ce qui avait eu l’heur d’indisposer le grand gourou qui était devenu depuis lors ou quelques temps auparavant le tenant de propos inquiétants. Je plaisante à nouveau, tout en tentant de faire diversion : Est-ce qu’il y aura dans la Drome… beaucoup de dromadaires ? Cela amuse beaucoup Marthe et M.-C., mais je sens en revanche que ma facétie agace T. Cependant, la conversation rebondit sur un autre sujet, l'un d'entre nous (Paul peut-être) atteignant enfin le but que j'avais poursuivi.

*  *  *

Le temps s’écoule ainsi, jusqu’à ce que, tout à coup, T. propose de manger sur place, lui, ayant envie d’un hamburger.

Il n’est pas tout à fait 18 heures 30, le serveur lui dit — par plaisanterie — qu’il est trop tôt pour démarrer la cuisine, et M.-C. et moi renchérissons sur cet horaire à notre goût un peu prématuré — tandis que ni elle ni moi ne manifestons guère d’enthousiasme à la proposition de dîner là. Marthe et Paul ne semblent pas non plus tout à fait conquis. Marthe dit faiblement que, dans tous les cas, elle doit être rentrée pour 21 heures (heure à laquelle elle s’entretient quotidiennement avec sa sœur, conversation qui, de la part de cette dernière, ne souffre aucun retard ni report…).

Le temps, en outre, devient menaçant. Je suggère de nous installer à l’intérieur, avant qu’il ne soit pas trop tard, que les clients attablés à cette terrasse bondée ne refluent soudainement, nous privant de tout recours de repli. Mais T. argue qu’il entend bien profiter de la chaleur; Et la valse-hésitation des uns et des autres se poursuit, et ce, jusqu’à ce que T. déclare tout à trac que le garçon a trop tardé à revenir, qu’il n’a plus la moindre envie de son hamburger — et qu'il nous salue, nous laissant interloqués de ce brusque départ.

Marthe et Paul se montrent navrés de cette bouderie intempestive.

*  *  *

Nous nous séparons bientôt, M.-C., Marthe, Paul et moi. Je demande à M.-C. où elle est garée et je l’accompagne.

Dans la voiture, je lui dis que, en instance de départ, je suis désolé de ne pas pouvoir l’inviter à dîner. Elle propose alors d’aller au restaurant — en précisant qu’elle n’avait aucun désir de manger sur place, ce que j’avais pressenti — peut-être tout autant que T., qu'avait indisposé notre manque d’entrain…

*  *  *

Nous ne nous étions pas souvenus que c’était la fête de la musique… Les gens commencent à affluer, les voitures, à circuler. C’est pourtant une fête sans musique — ou presque —, les musiciens amateurs étant interdits de se manifester individuellement, seuls les bandes organisées le pouvant dans les bars — ce qui peut sembler paradoxal étant donné que les gens devront se masser dans les cafés…

La barrière automatique du parking où M.-C. a choisi de nous conduire est bloquée. Nous sommes bientôt une dizaine de voitures à devoir attendre — jusqu’à ce qu’un préposé n’ouvre et ne commande la barrière récalcitrante à lui obéir.

Il est désormais trop tard pour le restaurant libanais où j’avais suggéré d’aller. D’ailleurs, je me souviens soudain que nous sommes lundi, jour de la fermeture hebdomadaire.

Nous nous mettons en quête d’un autre endroit. Nous arrêtons notre choix (« j’ai envie d’une pizza », déclare M.-C.) sur un restaurant où T. aime — ironie du sort — aller (quand, pour ma part, je goûte médiocrement de m’y retrouver). En vérité, l’opportunité de manger à l’intérieur plutôt que dehors quand l’orage s’annonce décidément proche annihile mes préventions. Installés là, je commande un poulet thaï, copieux mais fade et assez décevant.

Un message de T. me parvient bientôt. Il annule notre rendez-vous du lendemain, arguant qu’il m’a vu le jour même (!) — et préfère s’avancer dans les copies. Nous parlons de lui, de son étrange réaction, de sa sensibilité extrême dans tous les cas.

*  *  *

Un second message me parvient encore, après que je suis rentré, qui concerne le repas avec les collègues, auquel T. avait envisagé d’aller. Il n’en est désormais plus question puisque est invitée une ancienne collègue devenue inspectrice. Sans doute la flèche assassine qu’il décoche à son endroit se veut-elle davantage un trait d’esprit, mais je ne peux m’empêcher de penser que, décidément, T. a décidé de se présenter sous son plus mauvais jour — et j'en suis un peu dépité.

Il me (nous — lui et moi ?) fera du bien de prendre un champ, bienvenu, lorsque je serai à Paris…

 

 

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