1206 - Si tant est que ce ne soit pas une maladie… (3)

Publié le par 1rΩm1

 

 

Si tant est que ce ne soit pas une maladie

Carnets d'un convalescent

(Journal extime)

Work in progress

 

3

 

1206 - Si tant est que ce ne soit pas une maladie… (3)

 

Mardi 9 juin 2020

Matin

Je prends un cours de gymnastique chez Simone. Elle me parle d’un ami, Sacha, qui pratique la méthode Feldenkrais, pourrait me manipuler et me soulager ainsi des séquelles de l’accident vasculaire cérébral.

Elle lui téléphone, convient d’un rendez-vous le vendredi suivant en matinée.

 

Après-midi

Khadija m’appelle. J'éprouve une grande joie à l’entendre.

Elle demeure arrimée à sa mère, grabataire et atteinte de la maladie de Parkinson. Elle habite chez J., son frère, et K., sa belle-sœur, avec laquelle elle s’entend mal.

Je me rappelle notre conversation dans un café près de la Tour Montparnasse où elle avait exposé son projet d’être l’auxiliaire de vie de sa mère, ce dont j’avais en vain essayé de la dissuader.

Je reste infiniment triste et troublé de cette existence toute vouée à une autre, dont elle n’obtiendra jamais la moindre reconnaissance — et que je me figure sous les traits d’une sorcière desséchée…

 

Je retrouve Paul et T. sur la terrasse d’un café. C’est la toute première bière que je bois depuis mon hospitalisation.

Marthe, partie jusque Paris pour ramener sa sœur, nous téléphone : elle s’est endormie au volant un court instant, assez pour faucher les barrières mobiles et les plots d’un chantier sur la nationale 4… T., Paul et moi commentons l’accident, en ce qu’il aurait pu être plus grave. Paul ne comprend pas qu’Eliane, la sœur de Marthe, ne veuille pas prendre le TGV pour venir à ****, arguant (autant qu’il m’en souvienne) que sa chienne ne pourrait voyager confortablement (devant demeurer dans un panier ?)…

 

Mercredi 10 juin

Matin

Grâce au concours de T., qui a corrigé les scories de mon brouillon, j’ai pu répondre à A*** :

Bonjour A***,

Votre message, plein de délicatesse, m’a fait vraiment plaisir.

Je crois en effet que, bien que cette année scolaire se soit achevée plus qu’étrangement, le travail accompli a pu porter quelque fruit. En tout cas, vous avez fait d'une remarquable autonomie, et c’est l’essentiel.

Je suis rentré de l’hôpital depuis samedi dernier. Une ancienne élève, devenue orthophoniste, m’a écrit que ce qui m’était arrivé — un AVC compliqué d’une aphasie — était comme si « [mon] cerveau s’[était] pris un immeuble de 25 étages  : elle exagère sûrement beaucoup — c’était un immeuble de dix ou douze étages tout au plus ! —, mais il est vrai que je suis exagérément fatigué, et que j’ai beaucoup de mal à parler, à écrire, cependant que lire me fatigue encore énormément…

J’espère que nous aurons l’opportunité de nous revoir.

Quoi qu’il en soit, je vous souhaite pleine réussite pour le baccalauréat et pour la suite de vos études.

Romain V.

 

Les messages et cartes postales s’entassent. Ce que m’écrit Etienne, un collègue, me surprend par sa délicatesse. Je l’aurais imaginé plus indifférent.

 

Après-midi

Ma demande de disponibilité a été annulée.

*  *  *

Je rends une deuxième visite à ma visite. Une très nette amélioration s’est produite. Elle prononce mon prénom (alors que, depuis longtemps, elle se contentait de « petit ! », dont elle usait parfois aussi pour mon père). Cette fois, elle nous reconnaît et a l’air content de nous voir.

Un interne entre dans la chambre, qui nous donne le résultat d’un scanner qu’elle a passé durant la matinée et qui porte les traces d’un AVC récent — probablement le jour où elle a été conduite aux urgences, le jour de la Pentecôte. Un dossier est en train auprès du médecin traitant de mon père pour qu’elle aille dans un EPHAD.

Mon père lui coupe les ongles. Lui donne la becquée.

Nous constatons chez elle une humeur changeante. Le regard, à mesure, se fait plus vitreux.

Elle est prise d’une étrange glossolalie, dont émergent quelques mots : « Qu’est-ce que je fais ? » A un moment, elle me donne l’impression qu’elle récite des passages d’un office religieux.

*  *  *

FG passe, ensuite, chez moi, flanqué d’un spécialiste, en vue de l’installation d’une climatisation. Il s’occupe du V-Lux et du réglage de la porte du placard. Le maître ès thermie me paraît un peu pontifiant et ne m’est pas immédiatement sympathique. Il fait pourtant des efforts d’amabilité — et m’assure, parlant de mon handicap présent, que je récupérerai une parole fluide. Puisse-t-il dire vrai !

Tant pis si je n’ai pas pu écrire à Aymeric (j’ai des regrets, en effet, de ne l’avoir pu au cours de la journée), j’invite mon père à dîner… Nous buvons une bière, lui et moi, qui me procure des renvois et pèse presque immédiatement sur mon estomac, tant et si bien que je n’y trouve pas de vrai plaisir.

Il se plaint d’avoir très mal en marchant. Il se dit condamné à plus ou moins long terme à ne plus marcher. Il envisage une opération dès lors que ma mère sera placée.

Le poisson et les légumes sont bons.

J’ai encore un peu d’énergie en fin de soirée pour composer un message à Christine, dont c’est l’anniversaire le lendemain…

(J’écrirai plus tard à Aymeric…)

 

 

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