1225 - Quand vacillent les lucioles… (2)
Quand vacillent les lucioles…
Juin à Paris
(Journal extime, 22-28 juin 2021)
2
Mercredi 23 juin 2021 [suite]
Après-midi
Au même étage que l’exposition des femmes artistes au Centre Georges Pompidou, je me fourvoie dans une exposition d’installations vidéo et autres substrats trop modernistes pour mon goût ; mais au moins cette inscription murale dans l’air du temps et gonflé de la baudruche de paradoxes fumeux d’un langage à la pointe de cette époque “disruptive” — à défaut d'être constructive — me fait-elle bien rire…
Quand je me retrouve mon chemin vers celles « qui ont fait l’abstraction », je me trouve davantage à mon aise.
Il s’en fallait de beaucoup pour que l’art abstrait fût né au XIXe siècle et soit le fait d’hommes.
Le prouve la première artiste exposée — ainsi que ses dates.
Georgiana Houghton (1814, Las Palmas de Grande Canarie - 1884, Londres), The Sheltering Wing of the Most High, 1862, Aquarelle et gouache sur papier, Collection Victorian Spiritualists' Union, Melbourne
Georgiana Houghton, The Love of God, 1864, Aquarelle et gouache sur papier, Collection Victorian Spiritualists' Union, Melbourne
Georgiana Houghton, The Risen Lord, 1864, Aquarelle et gouache sur papier, Collection Victorian Spiritualists' Union, Melbourne
Evidemment le spiritualisme et la théosophie s’en sont un peu mêlés (l’atteste, cette fois, le titre des compositions)…
Je lis peu de noms connus (la Loïe Fuller, Sonia Delaunay, Sophie Arp, Louise Bourgeois…) ; or, c’est là toute la raison d’être de cette exposition qui redresse quelques ombres portées et torts faits par les hommes.
Les salles et les œuvres sont nombreuses, de nature et d’origine diverses, et je les parcours souvent avec intérêt — même si je ne lis pas tout des cartels ou de la littérature rupestre —, tout en évitant le plus possible de faire des clichés de ce qui s'y trouve sous vitre…
Vanessa Bell (1879, Londres - Charleston Farmhouse, Firle), Abstract Painting, vers 1914, Huile sur toile
Varvara Stepanova (1894, Kaunas - 1958, Moscou), Self-caricature as Production-Aesthetical clown, 1924, Reproduction d'après le dessin original
Varvara Stepanova, Echantillon de tissu en coton, 1924, Coton, Musée d'Etat des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou
Anni Albers (1899, Berlin - 1994, Orange [Etats-Unis]), Tenture, 1927/ 1964, Coton, soie, double tissage
Alexandra Exter (1882, Białystok - 1949, Fontenay-aux-Roses), Maquette de lumière, 1927, Pochoir publié en 1930 dans le portfolio Alexandra Exter : Décors de théâtre, Musée théâtral d'Etat A. Bakhrouchine, Moscou
Je repense à Strasbourg… à l’Aubette… — à Julien (bien sûr)… — plus lointainement, à J.-M... en voyant ces meubles peints par Sophie Taeuber-Arp.
Sophie Taeuber-Arp, Meuble modulable : meuble à dessin, vers 1925 ; Meubles modulables : deux étagères grises à pieds, 1929 ; Meubles modulables : meuble à tiroirs, vers 1929 ; Quatre bougeoirs, vers 1929 ; Bois peint, Collection Fondation Arp, Clamart
Janet Sobel (1893, Ekaterinoslav - 1968, Plainfield), Sans titre, vers 1946, Huile et émail sur coton
Lee Krasner (1908 - 1984), Sans titre, 1947, Huile et émail sur toile de lin, Whitney Museum of American Art, New York
Wook-kyung Choi (1940, Séoul - 1985, Séoul), Sans titre, vers 1965, Acrylique sur toile, Collection of Sun, Soo Yen, Séoul
Helen Frankenthaler (1928, New York - 2011, Darien) Open Wall, 1953, Huile sur toile non collée, non apprêtée, Helen Frankenthaler Foundation, New York
Regina Cassolo Bracchi (1894, Mede - 1974, Milan), Teatrino, 1954, Marbre et Plexiglas, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, Paris
Regina Cassolo Bracchi, Struttura, 1954, Fer et Plexigas, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, Paris
Saloua Raouda Choucair (1916, Beyrouth - 2017, Beyrouth), Poem, 1963-1966, Maquette de banc en pierre calcaire, Saloua Raouda Choucair Foundation
Judit Reigl (1923, Kapuvar - 2020, Marcoussis), Guano, 1958-1962, Huile sur toile, Musée d'art moderne de la Ville de Paris
Il est tout de même certaines œuvres que j’ai déjà vues, à la faveur d’autres expositions, et que je me rappelle…
— tandis que, dès le lendemain, je reconnaîtrai — en même temps que Judith —, devenu familier, le nom de l'une des artistes.
Hilma af Klint (1862, Stockholm - 1944, Ösby, Djursholm), The Swan, N°13, Group IX/ SUW, 1915, Huile sur toile, The Hilma af Klint Foundation
Hilma af Klint (1862, Stockholm - 1944, Ösby, Djursholm), The Swan, N°14, Group IX/ SUW, 1915, Huile sur toile, The Hilma af Klint Foundation
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Je passe devant le Café Beaubourg, dont Jean-Luc Lagarce — ai-je appris en lisant tout récemment son journal — était un habitué. Je ne sais si le décor était le même quelque vingt années plus tôt mais il ne donne guère l’envie d’y entrer, et je m’en abstiens en effet.
J’erre ensuite dans une librairie dans laquelle je ne sais quoi acheter. Tout ce que j’y cherche ne s’y trouve pas. Au vu de la file qui attend aux caisses, je préfère renoncer.
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M.-C. s’est adressée à Jean-Luc Mélenchon à l’occasion des élections du moment. J’y retrouve sa verve coutumière. Et il est vrai que la prose de Valérie Pécresse fait froid dans le dos.
Soir
Je sors précipitamment pour acheter un ouvre-boîte (je n’en ai pas trouvé parmi les nombreux ustensiles de l’appartement alors que je venais de briser la languette de métal de l’ouverture de la boîte de lentilles achetée le matin) avant que le magasin de bricoles et de gadgets du boulevard Voltaire ferme.
Après avoir dîné, je revois sur l’ordinateur le film de Xavier Dolan Juste la fin du monde.