Quand vacillent les lucioles… (7)

Publié le par 1rΩm1

 

 

Quand vacillent les lucioles…

 

Juin à Paris

(Journal extime, 22-28 juin 2021)

7

25 juin [suite]

Fin d’après-midi

Patrice est en avance, déjà installé sur la terrasse où je lui ai donné rendez-vous (je spéculais plutôt sur un retard et ne me sentais pas pressé de dactylographier les premiers linéaments de ces lignes-ci).

Nous nous embrassons (je plaisante sur le fait que je ne suis pas vacciné ; lui l’a été, et a même reçu deux doses d’un vaccin dont je ne pas demande le nom). (Je ne souvenais pas qu’il fumait et je sens l’odeur du tabac, désormais forte et peu agréable, sur ses joues.)

Il me presse de questions concernant mon état de santé.

Je parle — étrangement — mieux qu’avec Judith, la parole accroche moins sur certaines consonnes…

Comme je lui dis que mon médecin est en arrêt de travail, il me raconte que la sœur d’Anne, Patricia, a longtemps souffert de la maladie de Lyme, diagnostiquée tardivement, comme il arrive souvent — et je lui parle donc de M.-C. et raconte à gros traits, et selon ce que j’en ai compris, ses combats contre tant l’ordre des choses (tests inefficaces, remèdes non reconnus) que celui des médecins…

Il se dit très content d’être à la retraite. Il est parti sur la pointe des pieds, ouatés par le COVID, n’a pas encore obtenu la « carte culture » à laquelle il aura droit… pendant deux ans ! — tant et si bien qu’il n’obtiendra désormais la gratuité (certes, à vie) que dans le musée où il a travaillé plus de trente ans, et non pas dans l’ensemble des musées nationaux… Nous commentons cette mesquinerie.

Anne travaille encore. L’espoir qu’elle nourrissait d’une indemnité d’éviction [?] après le rachat de sa boutique a très peu de chance d’aboutir. Elle prendra, quoi qu’il en soit, sa retraite — espèrent-ils — en décembre. Elle souhaiterait que la boutique soit reprise avec tout son fonds sans qu’en soit changée sa destination, mais elle a appris ne pas être liée par une sorte particulière de bail commercial, ce qui augmente les chances d’un repreneur. Ils auront 3300 euros de retraite à eux deux. Il estime cela suffisant, mais Anne se montre plus inquiète. Ils continueront d’habiter la rue J*****, la perspective d’un échange d’appartement paraissant peu probable avant longtemps…

Nous parlons très peu de leurs filles, dont j’oublie étourdiment de demander des nouvelles (j’aime pourtant beaucoup Emma). En revanche, Patrice se dit heureux de s'occuper de ses petits-enfants, de faire du “papy-sitting” : ses filles ont accouché, l'une d'un garçon (Emma), l'autre, d'une fille (Luce).

 

Je vois s’installer non loin de nous, qui ne m’a pas vu, François, à qui j’avais donné rendez-vous pour 19 heures. Il a vingt minutes d’avance. Je le hèle, il nous rejoint et identifie immédiatement Patrice comme le frère de J.-M. Ils se sont vus peut-être deux ou fois lorsque Patrice était étudiant à ****, mais je lui ai parlé de Patrice, et des ressemblances existent entre les deux frères.

La conversation roule un peu autour des élections municipales à Paris.

 

Soir

J’ai réservé pour 19 h 30 dans un restaurant de la rue Jean-Pierre Timbaud. Patrice nous quitte et nous nous mettons en route.

François évoque les souvenirs qu’il a du quartier, puisqu’ils ont habité rue Saint-Maur quand ils étaient arrivés à Paris, C. et lui. Tandis que nous cheminons, il croit croiser Laetitia Masson (peut-être est-il alors sous influence de ces souvenirs de jeunesse, François suivant souvent une pente nostalgique…).

Il raconte avoir été trouvé « obèse » par un médecin, qui n’avait pas accepté — subséquemment ! — qu’il “cobaye” des vaccins en cours d’essais contre le coronavirus. Il a perdu du poids (six kilos, ce qui ne me semble pas beaucoup, et d’ailleurs je ne m’en étais pas aperçu) et se sent désormais mieux (je songe à mon propre poids, que cinq ou six kilos soulageraient également, mais je n’ai tout de même pas la corpulence de François !)

Comme on annonce des orages, je dissuade François de nous installer à l’extérieur. Nous faisons bien, car la rue, pleine de cafés eux-mêmes bondés, est très bruyante, de même que la circulation alentour.

Un jeune serveur obséquieux survient, qui nous gratifie à l’entrée de « Comment allez-vous ? », accueil qui me paraît déplacé. La carte se présente sous les espèces d’un “code QR”. Comme, en dépit d’une application que j’avais téléchargée en vue de mon séjour parisien, la tentative de capture photographique échoue, on nous apporte une liste de plats et boissons plastifiée qui fera parfaitement mieux l’affaire…

J’ai reçu une réponse de Duncan, que je ne consulterai que quand François ira aux toilettes.

A l’instar de Patrice, François me pose des questions concernant mon état de santé. Une telle sollicitude de la part de François m’interroge un instantau contraire des questions posées par B. ou Judith (ce pour quoi peut-être je ferai durant la nuit ce rêve : une femme, dans une administration que je suis venu consulter, me retient et veut à toute force que j’entreprenne un traitement miracle, suite à quoi je proteste avec vigueur : l’aphasie n’affecte pas la cognition, elle n’est pas une maladie dégénérative, si tant est qu’elle soit une maladie, etc., etc.)

 

Contrairement à Patrice, François me parle de ses deux filles, l’une qu’il ne voit pas malgré la proximité et qui poursuit des études de médecine (elle a changé de spécialité — les affections de la prostate — car elle rencontrait l’hostilité de certains patients de culture musulmane) ; l’autre est en Afrique, et entend y prolonger son séjour en visitant le Sénégal cet été.

Je demande à voir les livres qu’il a achetés l’après-midi chez Gibert, où il va régulièrement le vendredi. Il me montre un opuscule de Ernst Jünger ainsi qu’un récit sur les révoltés du Bounty.

Quand vacillent les lucioles… (7)

Les plats sont bons. Comme j’ignore ce qu’est une « cévèche », je commande sans penser qu’il s’agira d’un poisson cru et fumé, alors que j’ai mangé un sandwich au saumon fumé pour mon déjeuner et que des tranches de saumon fumé m’attendent également dans le réfrigérateur Le plat principal et son accompagnement sont aussi très bons. La viande d’agneau s’avère excellente, mais refroidit vite.

François s’interroge toujours sur ce qu’il fera — s’il quittera Paris pour vivre à **** ou pas — quand viendra le moment de la retraite.

La réduction espérée ne figure pas sur la note qu’a commandée au passage François. Je la réclame donc. Ainsi l’addition est douce pour François, qui n’a pris que deux plats et bu de l’eau.

*  *  *

François me propose un dernier verre et nous allons jusque République, où il prendra le métro, puis le bus pour rentrer à Vitry-sur-Seine (il dit ne pas se sentir en sécurité quand il voyage en RER).

L’orage annoncé a véritablement lieu. François ne s’est pas muni de parapluie.

Je suis fatigué d’avoir tant parlé durant la journée et suis de plus en plus bègue. De toute façon, François ne compte pas s’attarder — et s’en va bientôt.

 

A République, de jeunes gens passablement excités, peut-être venus de leur banlieue, m’apostrophent. L’un m’enlace — ou plutôt me retient en m’enserrant le corps — sans que je comprenne ce qu’il veut ; son animosité ne semblant pas excessive, j’ai le réflexe, dans mon agacement, de me dégager, sans éprouver vraiment de crainte. Je ne m’aperçois que sur le quai que je n’ai pas mis mon masque.

 

Rentré, je réponds à Duncan en acceptant son rendez-vous dans un endroit proche et qui me permettra de me rendre au musée Guimet par une ligne directe ensuite en début d'après-midi.

 

Nuit

Réveillé au milieu de ma nuit par une joyeuse compagnie bruyante, je me rendors pourtant. Et je me lève à l’heure bien inhabituelle de 8 heures et demie.

 

 

 

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