Si tant est que ce ne soit (toujours) pas une maladie… (1)

Publié le par 1rΩm1

 

 

Si tant est que ce ne soit (toujours) pas

une maladie

Carnets d'un rescapé

(Journal extime)

Work in progress

 

1

 

23 septembre 2020

Matin

Retour chez l’orthophoniste après mon séjour parisien. Elle consacre l’essentiel de la séance à de l’articulation. Je constate à part moi quelques progrès. Elle a établi un bilan en direction du médecin habilité à me délivrer la prolongation de mon congé, bilan qui me semble assez précis et plutôt bien rédigé (mon père, plus tard, y trouvera un faute d’orthographe).

 

Après-midi

Sieste d’une heure.

Visite à ma mère, qui me paraît déclinante. Sa jambe gauche est enflée. Je l’assiste, en compagnie d’une aide-soignante, dans sa marche. Elle ne mange toujours que très peu, mais acceptera du jus d’orange et une compote sur les insistances de mon père.

A ma demande, mon père passe quelques instants chez moi. Je lui fais lire une lettre qu’a écrite T. à son syndic après une fraude probable à l’eau dans son immeuble. Entre-temps — j’ai reçu le matin une lettre des impôts réclamant des précisions concernant ma déclaration de revenus (différée par mon père par courrier recommandé alors que j’étais à l’hôpital et que je n’avais toujours pas envoyée, attendant une relance) —, je cherche un imprimé pour ce faire, qui semble impossible à trouver — et décide d’une mention manuscrite en précisant d’autres revenus que ceux communiqués à l’administration. Tout cela nous occupe un certain temps.

Je me rends ensuite chez le médecin agréé. Je presse le pas pour ne pas être en retard.

Le bureau dans lequel on m’invite à entrer présente, conformément aux dires de Marthe qui a plusieurs accompagné Paul après qu’il a fait son AVC, un désordre indescriptible, tant et si bien que l’homme de l’art fouille bientôt patiemment toute une pile de papiers en vue de retrouver un élément du dossier me concernant.

Il pose quelques questions. Je lui communique le bilan établi par le neurologue après l’opération, celui rédigé par l’orthophoniste ; il me prend ma tension. Après cet examen très sommaire, son avis tombe : neuf mois d’arrêt, soit six mois supplémentaires que ceux préalablement décidés par l’hôpital ; je pourrai éventuellement réclamer davantage.

Sur le trajet du retour, je décide une halte dans le café où travaille Dimitri. Il vient selon toute apparence d’achever son service, est en short, s’attarde sur la terrasse — et ne me voit pas malgré mes regards insistants en coulisse. Le serveur qui m’apporte ma bière est étique, et je murmure « Tu es maigre ! » à son intention, sans naturellement que les mots que je prononce puissent être entendus — ces mots que m’adresse de temps à autre ma mère (il n’y aurait pas de quoi !), laquelle aurait pu ajouter « une maigreur à faire peur (ou pitié) ». Ma bière achevée, j’estime la journée assez remplie pour me passer du salut de Dimitri — et dételer.

 

Soirée

Juliette Gréco, morte aujourd’hui, fantôme du Louvre à sa façon, aimait elle aussi l’Homme au gant de Titien (j’ai acheté dimanche une carte postale grand format reproduisant en partie le tableau).

Si tant est que ce ne soit (toujours) pas une maladie… (1)

Elle lui trouvait un air cruel, ai-je appris en écoutant par curiosité en début de soirée l’hommage qui lui était rendu — sentiment dont je dépars, aimant, pour ma part, l’expression d’une profonde songerie, énigmatique, avant-coureur d’un « moi » tel celui qui bientôt indisposera tant « un certain Blaise Pascal, etc., etc. » — et ce, bien avant toutes postures romantiques à la Lorenzaccio…

 

24 septembre

Matin

Je propose à Simone de prendre un café en ville puisque mon emploi risque de s'avérer serré. Elle réplique ne pas vouloir y aller, non sans brusquerie. Elle ne veut pas risquer son commerce, précise-t-elle finalement.

P*** survient sur ces entrefaites. Pendant qu’il parle, je remarque qu’il a maigri et paraît presque décharné. Il a été testé négatif au coronavirus. Il doit être opéré le surlendemain. Je demande s’il a « le moral » — seule expression qui me vient sur le moment. Simone et lui marquent un temps d’arrêt. Je ne sais pas quelle est l’entendue de ma maladresse — et m’en veux in petto de ne plus savoir précisément en quoi consiste l’opération en question.

Je ne saisis presque jamais durant le cours de Simone ce que je dois faire ni comment y parvenir. Ce n’est que lorsque nous transposons à droite ce qui a été accompli à gauche pendant trois quarts d’heure que cela s’éclaire — avec le secours de Simone. J’ai bien du mal, décidément, avec la méthode Feldenkrais…

 

Après-midi

Lors de la séance chez l’orthophoniste, je retrace, à sa demande, la visite chez le médecin la veille. Je remarque que, à ce moment de la journée, les phrases sont beaucoup plus fluides. Cela se gâte par la suite. Il est vrai que prononcer trois fois certains mots forgés de toutes pièces n’est pas tout à fait une sinécure.

J’ai rendez-vous ensuite avec M.-C., dont c’est l’anniversaire. Je raconte, à son investigation, mon séjour parisien. Je parle (volontairement) beaucoup, tout en cherchant (volontairement) des complications dans l’expression.

Elle est en passe de signer un compromis de vente pour un petit appartement à Dieppe.

Elle a pris contact avec un analyste belge, dont elle admire beaucoup le travail et a lu un certain nombre d’ouvrages, et a initié des séances d’analyse par téléphone.

Ses petits-enfants lui ont écrit un message, l’aînée — quatorze ans — recourant aux raccourcis en usage dans les SMS (slt, anniv [dont, d’ailleurs, ne se s’effare nullement mon traitement de texte à l’heure où je transcris ces lignes]). M.-C. se dit agacée. Je la sens en dépit — autant que dépitée. Le cadet, lui, a multiplié des fautes d’orthographe plutôt grossières.

Il pleut et fait un temps bien automnal. Nous renonçons à une promenade.

Nous dînons chez moi.

Son téléphone sonne, mais M.-C. n’a pas le temps de répondre. Je l’incite à rappeler puisque ses petits-enfants étaient à l’origine de cet appel. « Vous me manquez ! » leur dit-elle.

Le vin est bon, de même que la tarte aux quetsches. A ce propos, je m’entraîne à prononcer le mot, tout en improvisant un énoncé « vire-langue » fantaisiste : Le Tchèque paie la tarte aux quetsches par chèque — énoncé qui occasionne bien des à-peu-près…

Nous regardons les photographies que j’ai prises de l’espace Giacometti.

Nous passons une bonne soirée.

 

 

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