Si tant est que ce ne soit (toujours) pas une maladie… (5)

Publié le par 1rΩm1

 

 

Si tant est que ce ne soit (toujours) pas

une maladie

Carnets d'un rescapé

(Journal extime)

Work in progress

 

5

 

3 octobre 2020

Je prépare à déjeuner. Je retire un vrai plaisir à effeuiller les choux de Bruxelles.

Je prends ensuite livraison de chaises pour la cuisine, achetées quelques temps auparavant, choisies pour être enveloppantes et confortables tels des fauteuils. Je procède à leur montage.

Puis je prépare des poivrons farcis. Avoir le loisir de cuisiner est un luxe insolent. De même, de pouvoir écouter de la musique.

La retransmission de l’émission de Charles Danztig (ayant trait au au personnage de la garce) enchaîne sur un entretien de Mathias Enard avec Pascal Quignard. Bonheur d’entendre cette voix sourde souffler son intelligence.

*  *  *

Je dois m’y résoudre : je fatigue vite le soir pour peu qu’on soit quatre, comme avec Marthe, Paul et T. au restaurant.

Je prends le temps cependant de lire quelques pages de l’ouvrage consacré à Mathieu Riboulet.

Si tant est que ce ne soit (toujours) pas  une maladie… (5)

Ces deux écrivains-là feraient presque souffrir de n’être qu’un « écrivaillon » — ou, au mieux, un « écrivant », ce que je m’efforce d’être, en rendant grâce à Roland Barthes d’avoir créé cette catégorie intermédiaire.

 

4 octobre

Déjeuner chez mon père. Ma sœur a emménagé la veille dans son nouvel appartement. Mon père continue de vider son propre appartement de ses meubles. C’en est presque une obsession. J’ai apporté trois chaises pliantes pour la terrasse de ma sœur, dont je n’ai pas compris, quand nous en avions parlé la fois précédente, que mon père en voulait une. A propos des meubles dont il souhaite se débarrasser, je lui dis que je serais preneur des chaises Charles X, autrement plus confortables que celles qui ont appartenu à mon arrière-grand-mère et que je voudrais bien aussi la table bouillotte qu’il avait prévu de proposer, parmi d’autres meubles et objets, à un commissaire-priseur avec lequel il a rendez-vous vendredi…

Après déjeuner, nous apportons les chaises pliantes, occasion de visiter l’appartement de ma sœur. Me vient à l’esprit que le canapé de son salon est assorti au fauteuil en ma possession — et dis donc que je lui céderais volontiers.

(Il y aurait à dire à propos de la façon dont mes parents ont toujours voulu un partage équitable entre ma sœur et moi.)

 

Nuit du 4 au 5 octobre

Cauchemar dont R. est le protagoniste — sinon l’agent. Il me poursuit de ses aigreurs, de ses rancunes, de ses rancœurs, de ses exigences jamais satisfaites. L’une d’elles consiste à vouloir poster un bocal dans une boîte aux lettres d’une gare. Je m’en veux de céder à ses caprices. Je me sens lâche et malheureux.

Je jette tout de même avec rage le bocal, qui vient se fracasser sur le sol.

Puis je feins une agression qui m’aura empêché de m’acquitter de ma mission : je renverse sur moi le contenu d’un bocal de haricots à la tomate couleur sang. Pourtant, le sentiment du ridicule me gagne, et je rince à grande eau mes vêtements.

Je préviens ensuite Khadija — à moins ce ne soit Claudie — des sombres manœuvres dont R. s’est rendu coupable. Il a usurpé notamment une fonction à laquelle il n’avait pas droit…

Enfin, je me libère de sa tutelle.

Je me sépare de lui définitivement.

 

5 octobre

Rêve du didyme1. Il aurait mon âge — à six mois près ou presque, puisque né en juin. Il serait Gémeau ascendant Verseau, quand, natif de janvier, je serais Verseau ascendant Gémeau.

Cette rêverie — en dépit de Romain Didyme ! — ne saurait s’actualiser, malheureusement.

Et, orphelin de frère, je porte son deuil — inconsolablement.

 

-=-=-=-=-=-=-=-

1« Nom grec de l’apôtre Thomas, ces deux mots signifiant l’un et l’autre jumeau. Ces noms devaient rappeler sans doute la naissance de l’apôtre, et la tradition lui donne effectivement une sœur jumelle nommée Lysia. D’après Eusèbe (1.13), Thomas aurait été de même que Judas, frère de Jésus ; c’est ainsi que le veulent également les Actes de saint Thomas (v. Coteler.), et cette parenté donnait au surnom de Didyme une signification tout à fait grande et honorable ; mais rien dans l’Écriture n’appuie [malheureusement] cette tradition, et il est plus qu’évident que notre Sauveur n’a pas [malheureusement] de frère jumeau […] » (source : https://www.levangile.com/Dictionnaire-Biblique/Definition-Bost-674-Didyme.htm).

 

 

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