1242 - Si tant est que ce ne soit (toujours) pas une maladie… (6)

Publié le par 1rΩm1

 

 

Si tant est que ce ne soit (toujours) pas

une maladie

Carnets d'un rescapé

(Journal extime)

Work in progress

 

6

 

5 octobre [suite]

Après-midi

J’étais arrivé en avance ; lui, a presque une heure de retard. J’en étais excédé. Heureusement, il m’est sympathique et, autant que le masque me permette d’en juger, assez beau garçon. Je lui donne trente-cinq ou trente-six années.

Après des questions d’ordre général, après toute une batterie de tests d’ordre cognitif ou mémoriel, à ce qu’il me semble, il m’annonce une pause. Il m’offre de prendre un verre d’eau, mais est désemparé par l’absence de gobelets à la fontaine mise à disposition du public et du personnel soignant. Je me fais indiquer les toilettes. Alors que je bois au lavabo, il frappe à la porte pour me tendre un gobelet. J’ai ôté le masque — et souhaiterais la réciproque !

Je passe comme je peux la quinzaine de minutes qu’il a réclamées pour son absence.

Quand il revient — sans trop avoir abusé du temps qu’il s’était alloué — quinze ou vingt minutes plus tard, il me précède dans le couloir et je l’observe à la dérobée. Il est assez grand, a de grands pieds, a les poignets velus. Nous retournons dans son bureau, petit et peu confortable.

Les exercices reprennent. Il m’en a averti : cette seconde salve de tests exige davantage de concentration que la précédente. Je satisfais aux tests mémoriels — tout en obtenant donc son satisfecit —, non sans buter de temps à autre sur d’habituels cafouillages de prononciation, de rouge à « vouge », voire « veu », selon les couleurs à nommer. Suit une série d’exercices qui alternent des sons et des figures, dans lesquels je m’emmêle quelque peu entre la gauche et la droite, l’une ou l’autre main devant appuyer sur une souris de l’un ou de l’autre côté. Il remplace alors la série par une séquence différente dans laquelle des chiffres qui suivent des lettres, et inversement, que je dois apparier par deux. Je dois souvent m’y reprendre à deux fois.

Le verdict tombe, imprévu au regard du début : je devrai suivre une rééducation quant à des tâches à planifier ou diversifier. Je fais la grimace (est-elle seulement intérieure ? si non, le masque l'aura dissimulée en partie). Je me détends néanmoins quand il m’annonce que ladite rééducation se fera avec lui. Celle-ci n’aura lieu toutefois qu’en décembre ou janvier, ajoute-t-il, étant donné une liste d’attente qu’a aggravée le coronavirus… Le plus tôt serait, sera le mieux, pensé-je — pour le revoir ou me réparer…

 

Je rejoins Paul, Marthe et P. Je n’ai plus qu’une demi-heure de retard par rapport à l’horaire escompté (compte tenu du retard initial du neuropsychologue). L’épisode, pour lequel j’ai volontairement couru la poste, m’a fatigué. Je l’étais sans doute également auparavant — me consolé-je, ce qui expliquerait tous les ratages au bout de la séquence des tests subis…

Je raconte. Je m’avise que la patronyme de Mathieu, mon agréable bourreau, a à voir avec le terme « performatif » — ce dont je m’amuse (et console !)…

 

Nuit du 5 au 6

Chute étrange, inexplicable, de la statuette de l’art des cyclades brisée en deux.

1242 - Si tant est que ce ne soit (toujours) pas  une maladie… (6)

Je n’aimais guère celle-ci en tant que reproduction, mais, choisie par ma mère à une époque elle était en possession de tous mes moyens — époque qui remonte avant la rupture avec R. —, elle laisse malgré tout quelque regret — et quelque souvenir indirect du musée des arts cycladiques d’Athènes.

« Qu’est-ce que ça ?! », dira ma mère, avec dans la voix une nuance de rejet presque furieux, quand je lui montrerai la photographie de l’objet brisé le lendemain, sans que je comprenne si c’est l’objet qui lui répugne, ou le fait qu’il soit cassé… Tout un symbolon, dans tous les cas, dont les deux moitiés aspirent à se réunir

(photographie : 2 octobre 2021)

(photographie : 2 octobre 2021)

6 octobre

Avant de rendre visite à ma mère, nous sommes reçus par un médecin de l’unité de soins pour interprétation du scanner : une anomalie est apparue, peut-être une tumeur à l’intestin grêle. Un oncologue pourrait être consulté.

Mon père, dans sa discussion avec elle, tombe d’accord sur l’idée qu’il serait dommageable sans doute de se montrer trop invasif à ce propos, l’évolution des cancers étant lente à partir des quatre-vingts ans.

Ma mère apparemment se porte mieux. Elle ne se plaint plus de ne pas aller bien. Probablement l’œdème pulmonaire l’oppressait-il. Mon père réussit à la faire marcher en ma compagnie dans un trajet aller et retour de couloir. Il a rendez-vous vendredi avec un commissaire-priseur pour mettre en vente des meubles et ne pourra pas la voir, non plus que ma sœur. Je ne sais pas encore si j’irai.

 

Restaurant avec T. Il me répète ce qu’il m’a dit la veille, que j’aurais été agressif envers Paul.

Certes, il m’arrive d’être agacé par Paul, en particulier par sa propension à tirer en longueur des « blagues » que je ne trouve pas toujours drôles, mais, en l’occurrence, je n’avais aucune intention de l’agresser.

 

J’entame la seconde lettre (? — lecture, peut-être [ajout du 24 septembre 2021 : après que je l’ai perdu à mon retour de Naples]) de les Portes de Thèbes]) de Mathieu Riboulet. J’avais oublié l’aigle qui lui dévore le foie. Je songe à J.-M., dévoré, disait-il, par « le crabe »

 

 

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