Si bien que… ? (1)

Publié le par 1rΩm1

 

 

 

Si bien que… ?

(Journal extime)

Work in progress

 

1

 

18 février 2021

J’ai dactylographié directement ce qui pourrait constituer le “journal de l’hôpital” (après avoir achevé les “carnets d’un confiné”). Des progrès assez considérables ont eu lieu dans le langage écrit, même si, jusqu’à présent, j’ai évité tant et plus de me confronter à une écriture ex nihilo (il ne s’agit guère, en l’occurrence, de la retranscription d’écrits antérieurs…).

Autres motifs de satisfaction : je progresse également au plan de l’élocution. Je le constate en articulant certains mots et membres de phrases (je fais des progrès aussi dans l’orthographe, à l’écrit). Nous avons enchaîné jusqu’à vingt-cinq mots, l’orthophoniste et moi, retenus à mesure. Quand, une dizaine de minutes plus tard, nous essayons à nouveau, la mémoire a pu faire défaut, mais tant chez moi que chez elle !

En revanche, dix à quinze minutes de lecture continuent de m’épuiser, quand bien même il me semble lire avec plus d’aisance et de rapidité. Aussi fractionné-je le temps passé dans un livre — parvenant malgré tout à parcourir une trentaine de pages chaque jour.

Le temps s’est radouci, et le ciel, ensoleillé.

 

L’état de ma mère, cependant, a indéniablement empiré.

En moins de trois semaines, elle a multiplié les pathologies. Après l’arthrite et l’hémorragie intestinale, une infection pulmonaire s’est déclarée, en même temps qu’elle souffrait d’une rétention de la vessie. Elle a vraisemblablement été la proie d’un AVC en début de mois — ce qui tend à démontrer que, malgré toute médicamentation, les récidives peuvent être nombreuses : ce serait le énième — quatre ou cinq, ou peut-être davantage — depuis mars 2008… Un scanner aurait été délicat, sinon impossible, à effectuer.

Le degré de sa conscience est dorénavant impossible à déterminer. Physiquement, elle a changé au point, si l’on avait pu montrer une photo d’elle une dizaine d’années auparavant aujourd’hui, personne n’aurait pu la reconnaître. Aucune familiarité dans les traits ni avec ceux de ses ascendants que j’aie connus — arrière-grand-mère maternelle, parents — n’est plus discernable, ni avec ceux venus après elle (je n’envisage proprement en eux ni le visage de ma sœur, de mes nièces, ni mes propres traits, alors que très évidemment j’ai déjà pu déchiffrer des expressions de ma sœur et de ma mère sur ma figure, quoi que j’en aie).

Ce n’est plus qu’une vie végétative. Aucun langage — ou presque — ne sourd, hormis des « hein ? » des « oui », des « non », qui lui échappent quelquefois.

Mon père, maintenant que c’est redevenu possible, va la voir tous les jours.

Ce n’est qu’un tronçon de femme — elle ne bouge qu’à peine — qui peut, tout au plus être, transportée de son lit dans un fauteuil.

Ce corps et cette conscience qui ne s’habitent plus restent étrangères et rudes à concevoir en toute frontalité.

 

Au piano, les doigts courent souvent à la catastrophe. Je le vérifie dans l’impossibilité de figurer — après Taïwan ? Hong Kong ? la Thaïlande ?— à la main droite le salut démocratique adopté par les manifestants birmans.

Si bien que… ? (1)

— Et m’énerve tant et plus le compagnon (?) de ma locataire.

 

 

 

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