Si tant est que ce ne soit (toujours) pas une maladie… (28)

Publié le par 1rΩm1

 

 

Si tant est que ce ne soit (toujours) pas

une maladie

Carnets d'un rescapé

(Journal extime)

Work in progress

 

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Si tant est que ce ne soit (toujours) pas  une maladie… (28)

1er février

Appel téléphonique de mon père. L’unité de soins a prévenu de l’état critique de ma mère à la suite d’une hémorragie de l’intestin grêle, le sang refluant dans l’estomac.

D’abord affligée d’une douleur et d’un gonflement de la main, des investigations avaient été menées — pour conclure à de l’arthrite. Le fluidifiant du sang qui avait été administré avait donné lieu à un second mal, et, à l’inverse, un coagulant risquerait de provoquer une thrombose. Quoi qu’il en soit, ma mère irait au plus mal.

Averti par les médecins, mon père serait à même de la voir, et les enfants, eux aussi conviés.

Mon père a pris soin lors de l’admission de ma mère de préciser que ni elle ni les siens ne voudraient d’acharnement thérapeutique ; pour l’heure, il hésite — se rendre au chevet de ma mère, ou pas — sur la conduite à tenir.

La question m’est aussi posée. Ma sœur, elle, malgré le couvre-feu, puisque résidant tout près, est sur le point de venir chez mon père.

 

Je reçois bientôt un second appel. Mon père et ma sœur sont finalement allés voir ma mère et l’ont trouvée tout à fait confuse et très souffrante.

Ils iront à nouveau demain. Je me greffe à leur visite.

 

Nuit du 1er au 2

J’ai pris une aide à l’endormissement, qui a agi — comme il arrive quand j’y sacrifie bien médiocrement. Malgré une nuit agitée, je parviens à dormir, traversant plusieurs réveils successifs, jusque sept heures.

 

Alors que nous croyons à une agonie, ma mère va mieux qu’escompté. Naturellement, décharnée, édentée, elle paraît plus faible que jamais.

Quand nous arrivons dans la chambre, une aide-soignante et le médecin, Madame G***, se trouvent là. Cette dernière, assez avenante et diserte, nous demande si nous avons réussi à dormir.

L’équipe soignante est parvenue à stabiliser la situation.

Ma mère m’adresse des sourires. Elle semble consciente. Le médecin commente : elle n’a d’yeux que pour moi. Et mon père de renchérir — puis de se lancer dans l’esquisse d’un roman familial qui me met très mal à l’aise.

Je caresse son épaule, nue sous la chemise d’hôpital. Le médecin abaisse la barrière du lit près de mon père et lui fait apporter une chaise pour qu’il puisse s’asseoir.

Une fois repéré l’emplacement du goutte-à-goutte, je pose, sans la serrer, ma main sur celle de ma mère, que je garderai ainsi durant la visite. Que ma présence serve au moins à cela. Ma mère est calme. Mon père lui parle avec ses mots accoutumés, tendres et distanciés. Il met aussi en ordre ses affaires.

Puis les deux femmes se retirent, nous laissant, dit le médecin, libres de rester aussi longtemps que nous voulons.

Nous demeurons là une demi-heure, puisque j’ai rendez-vous avec un artisan ensuite (pour la réfection du parquet).

 

Dans la voiture, je m’emploie à rassurer mon père. Il semble que cette fois ait été une fausse alerte. Certes, la situation ne s’améliorera jamais, mais, comme l’a dit le médecin, elle paraît au moins stabilisée.

Je pense à part moi que ma mère devrait bientôt mourir, que c’est le mieux que nous pouvons lui souhaiter — qu’elle s’en aille bientôt, le plus doucement, paisiblement possible, à l’instar de l’atmosphère toute feutrée qui régnait aujourd’hui dans cette chambre.

Mon père s’excuse d’avoir livré ses souvenirs au médecin et confirme les termes de son récit. Je remarque ses yeux mouillés. J’élude en lui disant qu’il avait déjà livré les détails de cette histoire — celui de ma mère enceinte, qui s’envisageait comme mère-célibataire prête à élever seule son enfant.

Lui-même ne se rappelait pas avoir produit pareil récit. — Mais j’ai moi-même jadis déjà raconté cela

 

 

 

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