Précoce vendange, vendange tardive (9)

Publié le par 1rΩm1

 

 

Précoce vendange,

vendange tardive

Journaux parisiens parallèles

(Journal extime)

Work in progress

 

9

 

Samedi 16 octobre 2021

Comment faire pour être heureux

Comme un petit enfant candide

Guillaume APOLLINAIRE

 

Parmi toute chose à penser avant mon départ, je m’aperçois, en chemin vers la gare, que j’ai oublié de mettre sur une clé USB des photographies de l’appartement que je dois relouer afin de passer une annonce avant mon retour.

J’étais content de mon organisation pourtant, des diverses tâches entreprises dès le matin. J’avais même recousu un bouton à ma veste d’hiver (en cas d’automne) et reprisé un pullover au cas où la température fraîchirait durant mon séjour. (Cela m’a rappelé que, le dimanche précédent, ma sœur m’a rapporté que, quand j’étais enfant, je reprisais mes chaussettes, ce dont je n’avais conservé aucun souvenir !)

Je transporte une valise et un sac bourrés comme un œuf, excédant, de par leur taille objective, celle d’un œuf à repriser — dont me sont revenus subitement l’emploi et le nom en écrivant ce nom composé, de même l’expression « œuf de Colomb » et la formule qui l’accompagne ! (Cependant, l’envahissement des considérations matérielles dans ces lignes nourrissent un agacement grandissant [en moi ! — alors quoi penser de celui du lecteur ?] : certes, libéré des obligations professionnelles, qu’ai-je à penser dorénavant, sinon à cela ? mais pourquoi, au moment de dételer, ne pas laisser courir la bride et desserrer le licou ?…)

 

Avant de m’embarquer, je m’attable, prends le rituel verre d’avant départ, et me fais servir par Dimitri himself.

Installé dans le TVG — seul un contrôle des billets a été effectué, faute de personnel peut-être pour viser le “passe sanitaire” —, j’envoie un message à B. dans l’espoir qu’elle précisera les modalités de notre soirée du lendemain (et l’espoir aussi qu’elle m’invitera à dîner…). Las, sa réponse remet au lendemain matin le soin de préciser son programme.

Je voyage sans voisin de siège — luxe que j’estime d’autant plus que, deux rangées plus loin, un jeune homme est installé à côté d’un barbon qui tient à tout prix à lui faire la causette sans pouvoir apparemment rabattre pareille caquetage

Je passe le trajet sous le casque, tout en lisant, et constate que je suis désormais bien plus endurant, même si je dois me ménager quelques pauses dans ma lecture.

Cependant, sous le masque, comme je suis tout enchifrené, le voyage apparaît long et pesant…

 

Gare de l’Est, je fais l’achat d’un dîner indien, épicé à souhait, anticipant les délices qu’en auront bientôt mes papilles.

Parvenu à l’entrée du métro, je m’emmêle entre mes différentes cartes, sans parvenir à en trouver une valide, et, au vu de la longue attente probable aux distributeurs, marche jusqu’à la station Jacques Bonsergent. Le guichetier ironise sur les quatre cartes que je lui présente : seules deux contiennent des “tickets”, tandis que les deux autres sont des abonnements hebdomadaires, déchargées de tout trajet : en fait, javais confondu les deux sortes de cartes, prenant l’une pour l’autre… L’un des deux “pass navigo” n’est pas plus valable, insiste-t-il, puisque j’en ai perdu le justificatif d’achat accompagné d’une photo d’identité. (Décidément, j’ai toute raison d’en avoir après la vie matérielle, et la vie matérielle m’en veut aujourd’hui !)

 

Je finis par gagner l’appartement de F. et Pascal — et dîner.

Les voisins du rez-de-chaussée de l’immeuble en face mènent, toutes fenêtres ouvertes, un tapage qui se répercute dans l’encaissement de la rue. J’augure assez mal de la nuit à venir.

 

C’est dans le café près de F. et Pascal où j’ai pris mes habitudes que je consigne, le détail, si prosaïque et trivial fût-il, de cette première journée, engluée dans le départ. Qu’il est long le temps avant de bien rompre les amarres…

Claude Monet, les Voies à la sortie de la gare Saint-Lazare

Claude Monet, les Voies à la sortie de la gare Saint-Lazare

Le personnel des lieux semble avoir changé (en même temps que les propriétaires ?). Comment en être sûr, cependant, avec le port du masque ?

 

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Jeudi 2 septembre 2021

Fin d’après-midi

Je pars de chez moi en avance, ayant dans l’esprit de boire un verre sur une terrasse près de la gare, d’autant que le temps s’est mis brusquement au beau (il risque même de faire trop chaud à Paris dans les jours à venir, si j’en crois la météorologie annoncée).

Marthe, Paul et T. sont attablés là.

 

Je les quitte une demi-heure ensuite. Je ne sais pourquoi T. a lancé la conversation sur la cohabitation entre chien et chats dans l'appartement de Paul et Marthe ; Marthe a développé cela avec luxe de détails — dont il est ressorti surtout qu’elle laisse les uns et l’autre faire, le chien chapardant la nourriture des chats —, et je me suis copieusement ennuyé — voire irrité qu’on puisse laisser les animaux prendre un tel empire dans sa vie quotidienne…

 

Un double contrôle à la gare a été mis en place : outre celui des billets, celui en tout premier lieu du “passe sanitaire”. Les gens sont massés sans ordre et — bien sûr ! — piétinent et cherchent à se déborder à droite comme à gauche sans observer la distance d’au moins un mètre préconisée sur le billet même.

Je fais montre d’une humeur de dogue et apostrophe mon contrôleur à propos de ce manque d’organisation.

Installé dans le wagon, je subis la conversation téléphonique de ma voisine et ne peux empêcher une réflexion acide. Cela produira toutefois un résultat heureux puisqu’elle changera de place, me laissant seul à ces lignes-ci (le stylo est dans la sacoche, elle-même dans la valise, et je dois allumer l’ordinateur).

Je produis d’ailleurs moi-même un incident involontaire en voulant me mettre de la musique sous le casque et me couper ainsi de toute intrusion intempestive (je sais les annonces nombreuses dans le train, spécifiant toutes sortes de détails inutiles) : en fait, je n’ai pas connecté le “bluetooth” ; or, c’est le téléphone qui, par son haut-parleur, crache assez peu musicalement le Concerto pour un ange d'Alban Berg ; je surprends le regard offusqué de deux autres passagers — et comprends enfin que c'est moi le fauteur de trouble qui dérange son entourage !

 

Je reçois un message de Pascal qui m’avertit de me munir d’une multiprise lorsque je viendrai le lendemain, celle de la cuisine ne fonctionnant plus, après que W. le lui a signalé lors d’un séjour dans leur appartement.

Je lui réponds que, précisément, je suis parti déjà — embarqué à bord du TGV !

 

Soir

J’achète deux plats indiens à la Gare de l’Est pour un dîner improvisé.

 

 

 

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