1793 - Ce qui revient encore de J.-P. (1)

Publié le par 1rΩm1

 

 

Ce qui revient encore de J.-P.

ou les Capricesd’une mémoire naufragée

1

 

Nuit du 2 au 3 mai, nuits et journées suivantes

[Ajout du 2 août 2025 : J’ai reçu quelques jours auparavant, le 28 avril, un SMS d’un certain Jacob P., qui se présente comme le fils de Danièle et le neveu de J.-P. et me demande si je peux lui accorder un entretien concernant son oncle.

Je lui répondrai ceci le 3 mai :

Bonjour ou bonsoir,

J’ai bien reçu votre message et répondrai volontiers à vos questions concernant la jeunesse de JP à Nancy — dans la mesure toutefois du possible, puisque mes souvenirs remontent à quelque cinquante années (un demi-siècle déjà !), la mémoire pouvant s’être passablement altérée…

Par ailleurs, Danièle a dû vous le dire, à la suite d’un AVC qui s’est produit il y a cinq ans, je suis aphasique et souffre de difficultés d’élocution. Aussi une entrevue enregistrée ou filmée n’est-elle pas envisageable.

Cependant, je serai ravi de faire votre connaissance et d’évoquer votre oncle avec vous.

Bien à vous,

R. P.

PS - Transmettez, s’il vous plaît, mes amitiés à Danièle. Je verrai si je retrouve dans ma correspondance une lettre de JP présentant quelque intérêt pour votre projet et, le cas échéant, vous la communiquerai. N’hésitez pas de votre côté à me joindre par courriel ou téléphone si vous voulez préparer votre rencontre en amont.

S’ensuivront des échanges multiples, avant une entrevue qui aura finalement lieu le 28 mai. Entre-temps, e rédigerai pendant plus de trois semaines des souvenirs concernant J.-P., oubliant que je l’ai déjà fait ici à diverses reprises, puis, adressant ces développements à Jacob, triés sur le volet, puisque bénéficiant de coupes claires nécessaires me concernant de façon plus intime — puisque ce n’est pas de moi qu’il doit être question, qui ne l’intéresse évidemment pas, mais de J.-P.

D’où certaines redites ici. La qualité de ces récidives scripturales, je m’en apercevrai bientôt non sans m’en chagriner, laisse à regretter une écriture autrement plus fluide et mieux maîtrisée, Qui appartient désormais au passé ; cependant, les lignes en étant écrites, je ne trouve aucune vraie raison de les escamoter, d’autant que leur urgence à le faire m’avait taraudée…]

1793 - Ce qui revient encore de J.-P. (1)

 

Le message de Jacob, le fils de Danièle et neveu de J.-P., convoque en une pagaille irrépressible, toute désordonnée, de souvenirs équivoques, pour certains plus douloureux que plaisants — et ce, contre toute raison.

Pourtant, dans ma mémoire, si naufragée soit-elle, l’arrivée de J.-P. coïncide avec la fin d’une époque où j’étais la victime de harcèlements qui ont duré sporadiquement un peu plus de deux années, de la classe de 5ème à la fin de la 3ème : ceux-ci avaient lieu pendant l’absence de surveillance d’un professeur de sport vieillissant et alcoolique, qui laissaient sans scrupule ses élèves organiser leurs activités sportives dans une salle de sport de cet établissement scolaire, s’enfermant dans le bureau attenant pour y boire, disait-on. Ma détestation du sport vient de là pour une large part, même si d’autres raisons peuvent s’y mêler, notamment la personnalité des professeurs enseignant alors la discipline dans ce lycée de garçons, qui s’arrogeaient le plus souvent des airs d’instructeurs militaires, à l’exception d'un professeur assez débonnaire, un barbu qui ne roulait pas des mécaniques, dont je me rappelle encore le nom de famille (Monsieur F***).

 

Essayons, à rebours de la pression des pensées ou des souvenirs qui se pressent d’organiser un flux, chronologique ou narratif, qui serait un tant soit peu navigable pour qui me lit…

Nous étions dans la même classe, J.-P. et moi, dès la 3ème [la 4ème], mais nous ne parlions pas — ou peut-être exceptionnellement ? — alors. J’avais d’autres amis, peu nombreux puisque au nombre de deux, mais qui me suffisaient. D’autres comparses secondaires s’adjoignaient à eux, d’ailleurs. L’un s’appelait Olivier et je n’ai conservé de l’autre que le patronyme : dans ce lycée de garçons, l’on s’interpellait avec nos noms de famille, en effet…

Orientés l’un et l’autre dans une section littérature en seconde, c’est J.-P. qui, le premier, m’a abordé. Brassés ailleurs, dans les classes scientifiques essentiellement — Marc et Stanislas avaient été orientés “en C”, filière prestigieuse —, ou disparus du lycée parce que réorientés, mes persécuteurs avaient tous disparu. Je brillais, au contraire, même si j’intervenais peu, pendant les cours de français, toujours encouragé par un professeur de Lettres classiques, JR, qui avait demandé cette classe dont il connaissait certains élèves — enseignant qui n’a pas peu contribué à ma formation littéraire initiale puisque je l’ai “eu” durant trois ans.

Autant J.-P. était extraverti, “fonceur”, optimiste et désireux de s’affirmer, autant j’étais introverti, timide, complexé même, et je lui ai été reconnaissant de tenter ainsi une première “ouverture” auprès de moi — puisque, précisément, je ne demandais qu’à m’ouvrir.

Nous étions pourtant moi l’huile, lui, l’eau (j’aurai le loisir d’y revenir, le mélange ne se pouvant se faire toujours, faute parfois d’un émulsif suffisant pour abraser nos différences de caractère, même si, au reste, chacun comprenait l’autre, et que nous sommes rapidement devenus très proches, et — dans la mesure de nos tempéraments — intimes (je me livrais davantage, l’extraverti qu’était J.-P., préférant les manifestations “extimes”, en les privilégiant même en tout état de cause — quoique m’ayant livré parfois quelques “confidences”…)

-=-=-=-=-=-=-=-

[Extraits d’un courriel adressé à Jacob, 10 mai 2025 :

Je vous réponds en vous adressant deux photographies que vous connaissez peut-être… Ce sera l’occasion de vous exposer à quels caprices de la mémoire j’ai été confronté en les recherchant.

J’étais persuadé n’être en possession d’aucune photo de JP, hormis une photo de classe. J’ai donc cherché. Et j’ai bien retrouvé des photos, prises pour la plupart par Dominique P. — mais après le départ de JP pour Paris […]. Y figurent la plupart des amis (ou des connaissances) qui l’ont connu (ou approché) quand il était au lycée : [François] L., Dominique P., Martine M., Jean-Luc P., Didier V. (seulement de dos !), ma sœur, [Simone] A… J’ai également retrouvé une photographie de [Carine] B., totalement sortie, à ma grande surprise, de ma mémoire ; or, c’est un très joli portrait — tout comme celui de [Simone] A.

(Tous ces prénoms, réduits à une initiale, vous disent-ils quelque chose ? Je pourrai vous éclairer à leur sujet, si nos propos nous y amènent quand nous nous rencontrerons… Et je reviendrai aussi bientôt sur certaines personnes auxquelles vous pourriez, le cas échéant, vous adresser — sous les réserves expresses qu’elles acceptent bien sûr, ou d’ailleurs que vous-même ayez la possibilité matérielle, ou même l’envie, de les retrouver.)

Je ne possède bel et bien aucune photographie de JP à titre personnel. J’ai toutefois, non pas une comme je le croyais initialement, mais deux de ces photos de classe qui encombrent peut-être les albums de famille, où JP figure sans doute aucun (de même d’ailleurs que moi)…

Par conséquent, une première rectification mémorielle s’impose. Sauf nouvelle erreur de ma part, nous avons usé nos fonds de culotte, non pas trois, mais quatre années consécutives sur des chaises — à l’instar de celles sur lesquelles les assis de Rimbaud se sont frottés, mais de l’autre côté de la barrière, puisque nous n’avions nullement l’âme bibliothécaire alors !

(Il y aurait à dire sur ces lycées de garçons un peu “caserne” où nous séjournions bien malgré nous — et apprenions pourtant quelques rudiments salutaires de littérature…)

Voilà qui me fournit commodément des éléments de chronologie : l’année de 4ème (s.d., où ne figure aucun professeur) correspond à l’année scolaire 1972-1973. L’habitude consistant de prendre ce genre de cliché quelques temps après la rentrée des classes, JP a treize ans. Sur l’autre photo, figurent date, lieu et indication manuscrite de la classe (3ème A) : il n’est pas indifférent de savoir que, malgré une certaine mixité au sein des élèves — j’y reconnais certains « cancres » ou élèves « faibles » auxquels profiteraient par émulation, fréquentation, infusion… la proximité des « meilleurs éléments »… [j’espère que vous percevez mon ironie] —, les classes étaient malgré tout classées par niveau, une hiérarchie existant entre A, B, C… D’ailleurs, entre les deux photos, certains élèves ont disparu, sans doute en raison de la moulinette de l’orientation qui devait se faire “naturellement” en fin de 4ème… Il n’est pas donc indifférent que JP ait été élève de 3ème A et, auparavant (je le suppose du moins), de 4ème A !

Au passage, quelques rudiments de sociologie quant aux lycées de garçons (une survivance d’un système scolaire retardaire [sic], lequel, à mon sens, a occasionné bien des dégâts) : si aucun enseignant n’apparaît parmi les élèves, la tradition était de réunir les professeurs de telle et telle obédience — collège, lycée, classes préparatoires — sur une même photographie, d’où (je l’infère, mais ce n’est qu’une hypothèse) l’absence de tout professeur sur la première photo. Quelques progrès sont intervenus ensuite, mêlant peut-être l’enseignant à ses ouailles (les entourant), puis introduisant des filles parmi les garçons, l’établissement devenant in fine un lycée mixte, amputé de son collège initial…

Sur le cliché de 1973-1974, apparaît donc Joseph R., professeur de Lettres classiques, dont JP a été élève trois années de suite (de la 3ème à la 1re) et qui a contribué peu ou prou à sa formation littéraire.

A moins que je ne me trompe à nouveau ? Dans mon souvenir (nécessairement embrumé et malgré quelques embardées des souvenirs dans leur véhicule égrotant me conduisant jusqu’à aujourd’hui), JP [est parti à] Paris quand il était en classe de 1re. Il n’a pas terminé cette année scolaire, étant désormais appelé vers d’autres horizons. D’après la chronologie que je m’essaie à reconstituer : ce devait être en 1976. Sinon, ma confusion (morale) sera grande, alors même que je ne veux pas introduire aucun faux-semblant, ni — autrement plus grave encore ! — fausseté le concernant…

Peut-être me détromperez-vous à ce propos. […]

 

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