1844 - Aurélien à la puissance 4 (3)
Aurélien
à la puissance 4
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Chronique
de quelques jours agités
[Résumé : [I]l est dit, décidément, que je n’irai jamais au bout de moi-même…]
14 septembre 2025
Matin
Aurélien, suite et suite. Je ravale mon renoncement — autant que je ravale toutes ses conséquences.
* * *
Je suis allé au tout dernier moment une pénultième fois à un rendez-vous de deux crans déjà décalé.
Cependant, à rebours de ce que j’avais espéré, il semble que l’enregistrement de l’émission radiophonique ne se fait non pas devant un public mais selon un dispositif quasi frontal entre le journaliste et l’interviewé : or, je serai des plus visibles parmi les éventuels participants, ruinant alors mon envie de jouer les passe-muraille…
Auparavant, en retrait et guettant son apparition, j’aperçois Aurélien se diriger vers le lieu où on le mettra à la question… Il arbore un blouson de cuir (rouge, noir et crème), que j’imagine choisi à dessein pour la rencontre.
Je lui emboîte le pas, à distance. Je regarde cette longue silhouette. Je regarde ses longues jambes qui s’avancent — ces jambes qu’il grattait non sans frénésie quand il répondait aux questions qu’on lui posait après la projection de ses courts-métrages. Aurélien tout en jambes ? je ne l’avais jamais remarqué auparavant…
La veille, j’ai lu l’intégralité du dossier qui lui est consacré, intéressant et pertinent de bout en bout — en m’abstenant toutefois de lire la critique consacrée à son troisième récit, de peur de déflorer davantage, après Héloïse, le propos du livre…
Une phrase (déjà rapportée) m’a frappé à propos de ce qui serait, selon lui, le moteur principal de son écriture : la rage. J’ai songé que, en effet, elle me manquait — une carence sans remède que je sache (s’il la faut) pour mener à bien un écrit conséquent. Et je m’accuse, encore et toujours, d’être un minus habens, de n’avoir pas en moi cette rage-là…
* * *
Je détourne les talons pour me soustraire au regard qu’aurait immanquablement sur moi Aurélien, lui-même sous le feu des questions du journaliste, en arguant intérieurement qu’il pourrait être mal à l’aise d’être sous mon projecteur visuel dans une assistance clairsemée…
En fait, je fuis comme un voleur — sans avoir pour autant ravi le feu, et me trouvant consommé, sinon rôti, par la honte de fuir en raison d’une timidité redoublée d’une timidité que je lui prête sans avis de sa part !
Après-midi
Quand je reviens, cette ultime fois, Aurélien s’est envolé pour Marseille. M’en informe, en effet, la jeune fille attachée à la librairie à qui j’ai demandé si j’avais quelque chance de le voir.
J’achète un essai qu’il a publié, dont il ne reste qu’un exemplaire à l’étal.
[Ajout des 15-décembre 2025 : Je lirai dans les jours qui suivent l’ouvrage. Celui-ci me plaira beaucoup
En revanche, je diffère sans cesse ma lecture du dernier roman d’Aurélien. Je lis à côté, depuis, puisque j’ai lu coup sur coup cinq récits de l’écrivaine qui avait sa chaise à côté d’Aurélien — et que j’avais entrevue la veille.
Je lis à côté avant tout dans la crainte superstitieuse d’être déçu et dans l’espérance totalement prélogique que l’ouvrage se bonifiera de n’être pas lu tout de suite ¡ Si j’ai perdu tous mes moyens au cours de ces journées de septembre, ravagé par la peur de ne pas être à la hauteur, c’est à présent la crainte que le roman ne soit pas à la hauteur de mes espérances qui agit en sous-main, façon peut-être de rasséréner à bon compte…
— Car, depuis, toutes mes déraisons autour du passage d’Aurélien se sont calmées. Remplacées par d’autres inquiétudes (¡), elles se sont muées en le simple regret de ne l’avoir pas revu, tel un ami qu’on aurait manqué de peu, malgré mes tentatives réitérées de le rencontrer à nouveau…]
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