Sur les routes de l'Italie du Nord (5)

Publié le par 1rΩm1

 

 

Sur les routes d'Italie

sulle strade (gloriose) d'Italia

(Journal extime)

(2 - 16 octobre 2025)

V

 

4 octobre 2025

Ça été toute la journée des approximations — et des frustrations, irritations qui font cortège en pareil cas…

 

Matin

Je suis devant le Museo di Arti Decorative à l’ouverture. Je suis apparemment le premier visiteur. Les salles s’allument longtemps après que j’y ai pénétré — parfois pas… 

Je ne suis pas toujours certain d’apprécier les arts décoratifs tels qu’ils étaient réservés à l'aristocratie ou la haute bourgeoisie marchande ou financière du “Siècle des Lumières” — regardant de mon œil post-révolutionnaire ce luxe tapageur, cette surenchère de dorures et de chantournements, de tentures et de décorations, de guirlandes et de torsades, cette affirmation de morgue ignorant la dépense somptuaire s'il s'agissait d’affirmer sa suprématie, comme si l’archiduc voulait écraser le duc, le marquis le comte, le comte le baron, le baron n’importe quel plouc de moindre obédience — et le haut-bourgeois rivaliser avec les nobles… Je n’aime pas non plus le libertinage des grands seigneurs, leur main leste à trousser quelque fille de service, la fesse offerte des tableaux de Boucher, les dessous des escarpolettes révélant les dessous chez  Fragonard.

Non, ces arts décoratifs-là ne sont pas toujours de mon goût. Voilà pourquoi, parmi ces meubles vénitiens du XVIIIe siècle au rococo chantourné, je regarde avec beaucoup de commisération ce “négrillon” dont j’ai maladroitement coupé le pied, dans ce décor infiniment surchargé auquel le personnage semble pourtant si servilement inviter…

Camera da letto veneziana, Museo di Arti Decorative, Milano

Camera da letto veneziana, Museo di Arti Decorative, Milano

Dans cet autre salon Louis XV, le portrait du grand seigneur à perruque paraît se refléter dans le miroir de sa satisfaction tout outrancière

Sur les routes de l'Italie du Nord (5)
Sur les routes de l'Italie du Nord (5)

Mais, en vérité, bien plus que le perruqué, m’a attiré l’œil la commode décorée de laque Coromandel due à Mathieu Criaerd (1689-1776) — ainsi qu’en informe un cartel — représentant des scènes de la vie à la cour chinoise, lequel meuble, j'en conviens volontiers, s’avère « d’une grâce et d’une beauté remarquables » —  ce qui n'empêche pas de trouver  les girandoles [?] du lustre ridicules.

Tout enfilant l’un ou l’autre de ces appartements reconstitués, je ne parviens guère, quoi qu’il en soit, à concevoir les rêveries du public (certes, ce jour-là, totalement absent) contemplant de pareils intérieurs à la surcharge indigeste, sauf à s’identifier à leurs propriétaires et s’adonner à la rêverie d’un train de vie aristocratique, telle celle d’un Turcaret, le héros éponyme de la pièce de Lesage, rêverie relayée par celle de Lisette, la soubrette du financier enrichi, bourgeois gentilhomme toujours ridicule depuis la tradition moliéresque…

Et, si, de prime abord, je m’amuse tant de ces angelots que de la détumescence des bougies qui s’offrent à mon regard, je me montre sensible malgré tout bientôt au “il Mobile più bello del mondo”, pour lequel, dans l’après coup, j’effectuerai quelques recherches, apprenant que cette « œuvre imposante, caractérisée par des sources iconographiques multiples et complexes, commandées pour un mariage, un événement auquel ils font allusion non seulement l’expression « PERPETVVM NODIS », mais aussi de nombreux symboles, tels que le Cupidon en flèche armé d’un arc et de flèches ou de scènes significatives, dont un mariage, probablement celui d’Alessandro et Rossana, qui se déroule devant la statue d’Apollo citodo. »

Le médaillon central de ce meuble à double corps est magnifique.

Sur les routes de l'Italie du Nord (5)
Sur les routes de l'Italie du Nord (5)
Sur les routes de l'Italie du Nord (5)

Cependant encore, j’enverrai au moment du déjeuner l’image de cette table dressée en souhaitant un bon appétit à mes père et sœur pour le repas dominical accoutumé auquel, cette fois, je ne participerai pas. Ma sœur me répondra : « Même table !! Bises et merci ».

Sur les routes de l'Italie du Nord (5)

Sans doute parcouré-je trop rapidement l’endroit — m'attardant seulement sur quelques œuvres exposées ensuite…

Giovanni Martino Spanzotti e collaboratore (Defendente Ferrari ?), Un santo tebeo e San Lorenzo, 1496-1500 circa, pittura e oro su tavola, Torino, Museo di Arti Decorative Accorsi-Ometto

Giovanni Martino Spanzotti e collaboratore (Defendente Ferrari ?), Un santo tebeo e San Lorenzo, 1496-1500 circa, pittura e oro su tavola, Torino, Museo di Arti Decorative Accorsi-Ometto

Sur les routes de l'Italie du Nord (5)
Sur les routes de l'Italie du Nord (5)

*  *  *

J’avais balayé la veille mes billets turinois de l’automne 2018 afin d’y chercher la trace d’une précédente visite au Museo Nazionale del Cinema, sans retrouver néanmoins de clichés. Je m’y rends donc.

Sur les routes de l'Italie du Nord (5)

Ma mémoire, cependant, était exacte : je reconnais, dès mes premiers pas, les salles où sont exposées les inventions encore balbutiantes de ce qui deviendra l’industrie cinématographique.

L’ensemble dans son dispositif me séduit davantage que la première fois. Un parcours en colimaçon qui s’élève à mesure qu’on s’y aventure — outre les écrans géants ou les gyroscopes qui pendent des plafonds, tout autant gigantesques — s’offre aux regards, comme pour mieux asserter au cours de l’ascension que les films (ou la photographie) sont bien le support de tous les fantasmes concupiscents (¡)

Sur les routes de l'Italie du Nord (5)
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Sur les routes de l'Italie du Nord (5)
Sur les routes de l'Italie du Nord (5)
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Et je m’enchante tout particulièrement de ces clichés de Helmut Berger, qui a indéniablement un bien plus joli corps qu’il n’était bon acteur…

Sur les routes de l'Italie du Nord (5)
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