1871 - Lettre à J.-M. et Pascal (octobre 1988), 2
in memoriam J.-M.
Dimanche 16 octobre 1988
En Gare de l’Est, ce dimanche, à Paris. Pas assez de courage pour les copies. Suis venu à pied — et les mains nues. Des quartiers sales et fatigués. La Birmanie, avant 1962, était le pays le plus riche de l’Asie du Sud-Est. Parions que nous serons le Tiers-Monde bientôt. Je n’avais vu encore Paris de cet œil, jusque là.
Janine et Idrissou m’ont reçu chaleureusement. Ils ont un bel appartement rue Bergère, peuplé d’objets agréables à regarder, rapporté des générations précédentes ou des pays lointains. La marionnette qu’ils ont achetée à Pagan, et que je n’avais jamais vue, est superbe.
Le sont moins les photos, surexposées, qui ont trop souffert du soleil, comme si Pagan refusait à se livrer à la pellicule : ciel blanc, végétation vert-chou, stupas blancs indiscernables sur ces clichés javellisés. Loïc, lui, n’avait pas emporté ses diapositives.
Idrissou nous a bombardés de pellicules anciennes : Bali, Singapour, Ceylan, le Népal, la Malaisie, Sumatra, Java… ont défilé sous nos yeux fatigués. Mais, bref, nous étions tous heureux tout de même de songer à ces endroits lointains. Et le souvenir birman nous a tenus debout. Sans compter que le curry de Janine était vraiment excellent. La soirée s’est terminée fort tard à sélectionner quelques diapositives.
On peut toucher la fatigue aujourd’hui. Ces week-ends unijambistes sont une plaie véritables. A peine sorti du collège que le lundi fait retour !
Rapports tendus avec mes 4ème. Les samedis matin sont longs, ennuyeux, et touchent à un ersatz du malheur. J’ai mis les pieds dans le plat. Leur indifférence, leur arrogance naturelles sont lourdes à porter. Ajoutons à cela qu’ils ne savent ni travailler, ni correctement communiquer. Je les trouve à la limite d’être angoissants, me rappelant à tout instant la médiocrité de ma tâche, se reflétant dans leur propre médiocrité. Aussi suis-je parti en révolte, les prenant à rebrousse-poil. Je vais être attentif à ce que l’on se trouve rapidement un modus vivendi, sans quoi nos relations vont s’en effaroucher… Je croyais qu’on ne souffrait que par les bordeleurs ; c’est faux ; et d’autres problèmes ont surgi, en chemin…
W. s’est payé son billet pour l’Indonésie. Elle part aux alentours de la mi-novembre, je crois. Cette perspective l’occupe heureusement, semble-t-il.
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