1789 - Tristan, Laurent, Lucas… & alii (6)

Publié le par 1rΩm1

 

 

Tristan Laurent, Sébastien… 

Matthieu, Lucas… & alii 

 

(Journal [presque] extime) 

-=-=-=- 

6 

[Matthieu, 3] 

 

 

18 avril 2025

Matin

Matthieu. Bis repetita. A la clé, un menu presque à l’identique. Ainsi qu’à nouveau un débours de 10 € (dix euros ¡).

Nous avions plaisanté — du moins m’avait-il donné la réplique… — auparavant dans des messages au long cours : il me devait au moins un strip-tease pour cette double somme, ou un bronzage sur ma terrasse (cette proposition, en l’occurrence, venait de lui…). Il avait joué la carte des gazelles — ou gazous — effarouché.e.s en réponse. Tout au plus, consentirait-il à être nu sous un peignoir durant le déjeuner et, sur la terrasse, à s’exposer au soleil en maillot de bain.

 

J’avais préparé les chaussons dans l’entrée. Et, par plaisanterie, avais laissé trôner la boîte de sardines (qu’il avait évoquée dans un de ses messages en invoquant le vendredi saint comme mets devant figurer au menu plutôt que le poulet) au centre de son assiette — conserve achetée en même temps qu’une bouteille de vin dans une supérette du quartier.

1789 - Tristan, Laurent, Lucas… & alii (6)

Il se déchausse donc et se glisse dans les chaussons. Je clame au début du strip-tease. Tout cela est bon enfant, joyeusement coquin, sans porter à conséquence, ce qu’il semble saisir assez aisément. Il remarquera bientôt la boîte de sardines et s’en amusera.

Le col du polo cette fois-ci est déboutonné. Le pantalon en toile n’est pas le même. Sinon, habillement et silhouette se sont rendus pour ainsi dire déjà coutumiers. (Il dira pourtant n’avoir pas pris le temps de défriser ses cheveux. Que l’offensive de pollen a repris puisqu’il ne pleut plus. Je le découvre inquiet et — à nouveau — coquet. Non, je n’ai pas remarqué que son visage est gonflé. Le bouton de mardi a presque disparu. Mais, naturellement, la tache noire — un mélanome ? — au-dessus du sourcil demeure, qui le singularise et n’a rien de disgracieux pour autant.)

Il retrace son roman familial. Il a un frère, de deux ans son aîné, chauve désormais (j'en déduis une crainte le concernant, ainsi qu'une autre coquetterie). Sa sœur cadette s’est suicidée à l’âge de trente ans. Sa mère est « partie » (dois-je comprendre décédée ? je n’ose demander d’éclaircissement) quand il avait quatre ans et demie.

A ma demande, il dit payer sa chambre meublée 150 euros une fois déduite l’allocation logement et percevoir 500 euros d’indemnité chômage.

Il se montre disert. Il presse toutefois le moment de passer à table.

Il manifeste de l’agressivité quand je lui dis, d’une façon plutôt neutre pourtant, que décidément je ne lui plais pas. Je ne comprendrai qu’ensuite qu’il était probablement embarrassé de ma remarque. « Je ne vais pas me forcer », arguera-t-il plus tard — à quoi je répondrai qu’il n’en est bien sûr pas question.

1789 - Tristan, Laurent, Lucas… & alii (6)

Il rit (donc) de découvrir la boîte de sardines. Comme précédemment, il se sert de vin en abondance — et boit vite. Il s’est goinfré auparavant de noix de cajou, dont il semblait ignorer le nom.

Il refuse le céleri. Partage en deux les sardines — dont j'ai précisé ne vouloir qu’une seule. Sur ma protestation, sur les trois disposées dans mon assiette, il en reprend une.

Il me dit qu’il a refait les escalopes marinées : « une tuerie ! » selon lui.

Nous parlons politique. Mal m’en a pris d'aborder le sujet, puisque Matthieu se déclare « de droite » — et fait l’éloge d’Olivier Macron. Un moment de tension s’installe. Je ne songe pas alors à lui dire que la situation socio-économique dont il est victime est au premier chef due aux politiques libérales qui se sont succédé depuis plus d'une quarantaine d'années… Cependant, j’évoque le refus de prendre en compte les résultats du référendum de 2005 contre l’Europe mêmement libérale, ainsi que les résultats des législatives de l’été, sur lesquels s’est assis son Président de la République, et la “démocrature” qui, depuis 2017, s’est peu à peu installée. Matthieu ne semble pas pourtant un opposant très efficace, et nous finissons pour nous accorder sur une même aversion envers les idées d’extrême-droite. (Je me dis à part moi que la façon qu’a Matthieu de s’habiller — pantalons “de bonne coupe”, polos strictement boutonnés — aurait pu me renseigner sur ses options politiques, songeant lointainement d'ailleurs à Thierry…)

Comme Tristan, il a lu l’Assommoir, qu’il n’a, lui non plus, guère apprécié. Comme il englobe toute l’œuvre de Zola dans son appréciation, je lui dis que, quand je travaillais avec des élèves sur l’Œuvre, ceux-ci pour la plupart en appréciaient la lecture. Il est vrai que j’avais affaire en l’occurrence avec des classes littéraires dont la spécialité Histoire des Arts ou Arts plastiques dominait au sein du groupe sur les autres options.

A nouveau, il dévore sa tartine de chèvre frais et il évoque sa découverte des fromages français, sa dilection pour les fromages “forts”, tel le Maroilles ou le Munster. Alors que je réplique par plaisanterie sur l’inconvénient qu’il y aurait à embrasser quiconque après avoir mangé ce type de nourriture, ou même les échalotes émincées qui entrent copieusement dans la recette de ma marinade, il se met aussitôt sur la défensive, et je songe que la conversation de Mathieu ne manifeste pas toujours d’humour, hormis quand cela relève de son initiative (peut-être en irait-il cependant de même me concernant ?¡).

Il ne veut — bis repetita — ni dessert, ni café. Le vin est bientôt fini. Peut-être l’effet s’en fait-il sentir en lui (c’est lui qui en bu l’essentiel de la bouteille), peut-être en est-il légèrement sonné : il dit ne pas vouloir s’attarder. Repetita ne varietur.

A peine, en effet, est-il installé sur le canapé qu’il se lève, ce qui heurte quelque peu ma conception de l’hospitalité, sinon de la politesse. Je dis avoir peut-être quelques vêtements, chemises et pantalons, en ma possession, devenus trop serrés pour moi, que je lui pourrais céder, puisqu'il m'avait dit sa taille la fois précédente avoir pris du poids et ne plus rentrer dans certaibs habits. « Tu ferais n’importe quoi pour me voir en caleçon ! » me lance-t-il sur un ton pincé…

Il réclame in extremis les dix euros que j’avais préparés dans la poche de ma chemise. Nous convenons d’aller le premier dimanche du mois visiter le Musée de l’Ecole de Nancy.

Il remet ses baskets en toile dans l’entrée sans se baisser, en s’aidant de ses seuls pieds.

Et me tend la main en partant.

 

Après-midi

Je retrouve ma carte vitale : au moment où je sors ma carte de la médiathèque, elle décrit une courbe inopinée, presque gracieuse mais ironique, en tombant toute verte tout à coup sur le comptoir. Je ne l’avais donc pas perdue en faisant des achats, singulièrement ceux effectués pour Matthieu. Cependant, j’ai déjà déclaré sa perte, et elle est inutilisable désormais.

 

Puisqu’il faut ponctuer l’épisode avec Matthieu, je lui écris quelques lignes :

Cher J*** D*** Matthieu,

J’ai pensé à toi cet après-midi en allant à la médiathèque — et à notre promenade mardi lors de l’itinéraire que je t’ai fait emprunter pour aller au [supermarché]…

L’atteste la photo que tu trouveras dans mon [album partagé] quand tu en auras demandé l’accès !

Tout ceci en prélude à l’incursion que nous avons prévue en principe le dimanche 4 mai au Musée de l’Ecole de Nancy (même si les bâtiments Art déco sont légèrement postérieurs à l’époque Art Nouveau)…

Tu as bien digéré ? et bien fait tes courses ?

(Si tu agrandis la photo, tu verras bien que le Printemps était jadis les Magasins Réunis — comme je t’avais dit)

Voilà voilà !

 

 

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