Par Paris paralallèle (journal croisé), 3
Journal extime
(Paris parallèle : 1er avril 2026 - 7 avril 2026 ;
2 juin 2026 - 8 juin 2026)
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Avril in Paris (again), 2
2 avril 2026
Matin
Je n’ai finalement pas si mal dormi, davantage en vérité que les nuits précédentes…
Je vais jusqu’au quartier latin afin de concrétiser le contrat de location accepté par Antonin auprès de sa sœur, qui habite rue D**** et s’est portée caution. Devant chez elle, j’envoie un message pour signifier mon arrivée. « J’arrive dans quelques minutes », me répond-on. Je guette son arrivée, la croyant de retour d’un rendez-vous chez son pédiatre, ainsi qu’elle me l’avait dit, l’heure convenue étant conditionnée par cette visite chez le spécialiste. Or, la porte d’entrée s’ouvre soudainement sur une jeune femme d’une trentaine d’années. Elle déclare devoir faire vite, ayant laissé son nourrisson seul dans son appartement : je la croyais enceinte, mais elle a déjà accouché… Nous signons alors les documents qu’elle a préalablement imprimés en pleine rue, au pied de son immeuble. Je trouve plutôt abrupt le procédé, mais au moins cette formalité (qui assure néanmoins toutes les parties engagées de leur engagement mutuel) est-elle vite expédiée : Antonin, de Rennes, passera chez elle pour récupérer nos précieux sceaux, qu’il rapportera lors de la signature définitive du bail quand il viendra à **** mi-avril…
J’avais envoyé un courriel à François, laissé un message sur le répondeur de Patrice.
François m’a répondu. Danièle a décliné l’invitation à dîner. Elle doit être sur la brèche avec le procès Sarkozy. J’ai d’ailleurs entendu le matin même la fille de J.-P. à la radio.
Autre réponse, de Patrice, qui me propose de nous rendre soit au Musée de Montmartre, soit à la Halle Saint-Pierre.
Après-midi
Aymeric m’attend à l’entrée de la Bibliothèque Nationale. Arrivé en bus, j’ai dû suivre tout un parcours fléché avant d’en trouver l’accès, les escaliers roulants naguère en fonction semblant désormais condamnés, m’obligeant à faire aux trois quarts le tour des bâtiments. Aymeric fait remarquer combien les arbres du jardin intérieur ont poussé.
Nous trouvons assez aisément l’exposition consacrée à Barbara et son public, laquelle tient dans une (large) pièce unique aux portes vitrées. La jauge indiquée est de 19 personnes. Comme un groupe paraît attendre à l’extérieur et que nous ne sommes que deux, nous nous faufilons pour entrer parmi la vingtaine de personnes tout au plus — certaines étant d’ailleurs proches de la sortie —, sans entendre de protestations de quiconque.
Nous suivons ensuite le parcours des pièces numérotées, protégées par des vitrines et sagement alignées — hormis quelques présentoirs disposés près de la sortie — le long des deux murs gauche et droit, le troisième, obscurci par un rideau, étant dédié à la projection de documents vidéo.
La plupart de ce qui se trouve colligé là provient, en fait, de prêts d’admirateurs, tant et si bien que, après la grande exposition en 2017-2018 à la Philharmonie de Paris consacrée à la chanteuse (que nous avions vue séparément, Aymeric et moi), l’on peut trouver congrue cette exposition, dont le fil conducteur est néanmoins clairement exprimé.
Je ne fais pas d’ailleurs de découvertes bouleversantes à la parcourir, mais ai plaisir à retrouver en toute familiarité photographies, partitions, pochettes de disques vinyles — dont je constate que manquent certaines —, paroles de chansons et autres verbatims, dont ma mémoire se trouve si heureusement encombrée… Quoique la nudité parfois dérisoire des pièces exposées et les reflets des vitrines ne s’y prêtent guère, ce que je contemple provoque de temps à autre le geste photographique. Ainsi du brouillon du texte de Sid’amour à mort, qu’écoutait en boucle Alain dans les derniers temps où il était encore chez lui et M., avant qu’il ne finisse ses jours à l’hôpital : il avait capturé au magnétoscope à la télévision une retransmission d’un enregistrement [public ?] de la chanson) — et pareille anamnèse est la première à déclencher le reflex(e) de l’appareil dans son vertige mémoriel.
Je fais d’autres clichés. Ainsi de la partition de la seule musique de film qu’ait jamais faite Barbara.
Ainsi du planning de ses dernières tournées avant le récital ultime à Tours — tout en me demandant où je pouvais bien être et ce à quoi j’étais occupé en mars [?] 1994 pour n’avoir pas assisté à un concert qui avait lieu dans ma ville…
Ainsi de l’organisation des tours de chant et du cahier des charges — célèbre pour ses exigences — y afférent.
Je m’amuse du bouquet offert par Sylvie Vartan lors du retour de Barbara en 1974 après qu’en 1969 elle avait fait ses adieux à la scène, adieux que, contrairement à Mistinguett, elle ne renouvellera pas, délaissant le disque dès lors — sauf enregistrements en public (toujours lui, décidément !) — au profit de tournées régulières, quoique égrenées dans le temps, après des récitals mémorables.
Enfin, photographiant cette planche de timbres, l’ironie veut qu’un reflet éclabousse malencontreusement le visage de la chanteuse, rendant indiscernables ses traits. Je me rappelle alors des lettres de J.-M. où il avait apposé certains de ces timbres (Ferré et… Dalida !).
De stase en stase, je songe donc aux billets de concert, partitions originales, pochettes de disques que je possède, à la photographie originale que m’avait cédée Sylvie P., elle qui m’a transmis l’amour de Barbara et chantait à tue-tête A mourir pour mourir dans la voiture qui nous conduisait à C... lors de vacances improvisées…
Je demande à la librairie si l’on peut acheter l’affiche de l’exposition.
L’on me répond par la négative.
Je rapporte à Aymeric avoir arraché une affiche de la tournée de 1978 [?], dont je n’avais pu décoller qu’une partie, la tête dessinée de Barbara en très gros plan étant néanmoins demeurée entière. J’avais découpé selon ses contours ce visage, conservé de déménagement en déménagement, trophée jamais exhibé pour autant (¡). (Je songe avoir en horreur de toutes les façons les manifestations d’admiration…)
J’évoque aussi, l’affiche de Léo Ferré pour laquelle j’ai récemment acheté un cadre — et accrochée au mur dans mon bureau, au-dessus de la platine-disque et l’une des enceintes.
Nous sortons de l’endroit afin de nous trouver un café au-delà de la ville de béton et de verre délimitée par l’avenue qui la borde.
Aymeric dit n’avoir jamais aimé ce quartier — où il travaillait ces dernières années — et ne l’avoir guère exploré dans son détail de ce fait.
En chemin, je raconte la « lune rose » de Judith, les accusations portées contre ses parents par Lucien, les raisons du mal-être de mon amie, le refuge dans le pavillon secondaire qu’elle a acheté dans l’Yonne…
Nous trouvons un bar de quartier presque désert dans la portion ancienne, presque villageoise, de l’ancien bourg par-delà l’avenue.
La remplaçante d’Aymeric a pris son poste en janvier. Il reverra peut-être ses collègues lors de départs à la retraite de certains d’eux, sans pouvoir dire s’il y ira pourtant, tant au fond ces relations de travail demeurent indifférentes dans l’équanimité qui l’a saisi après son départ… J’évoque à ce propos d’anciens collègues croisés dans le train la veille qui rentraient dans leurs villes de banlieue : le regard d’Irène avait glissé sur moi, je ne m’étais pas manifesté ; Pascal, en revanche, s’était montré très chaleureux à mon égard.
Je retrace aussi notre visite à Laurent, Neil et moi.
(à suivre)
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