1795 - Lettre à J.-M. et Pascal, 2 septembre 1987
in memoriam J.-M.
S***, 2 septembre 1987
Birds,
Vous, qui ne savez que faire le soir dans vos chaumières, lors des soirées fatiguées — si, si, Pascal, on sait ! —, vous voilà donnée une occasion nouvelle de causer !
— Le bavard épistolaire ayant encore frappé… —
J’ai dormi, cette nuit, dans l’arrière-cour verdoyante d’une école, près d’un clocher de village, non loin de S***. Heures calmes, rythmées par les cloches à chaque quart d’heure. J’ai rencontré, en effet, les locataires sympas d’un appartement sympa, qui m’ont proposé de m’installer là avec le camping-car. Ce matin, au réveil, j’ai fait l’observation lente, minutieuse, presque attendrie, d’un très long ver de terre (je pensais, bien sûr, en bon lettré, au « ver de terre amoureux d’une étoile » de Hernani…).
Ceci dit, appartement sympa dans une vieille baraque au fond d’une ruelle du vieux S***, mais appartement trop petit tout de même… Je galère sec ici, et doute de me trouver à loger ici avant la rentrée. Les gens sont tout à coup très laconiques lorsque je leur parle du CES, et me regardent alors fort douloureusement… Hum…
Pour l’heure, j’attends un monsieur qui m’a vanté sa camelote comme une poudre miracle à laver. I doubt and I crains.
J’ai déjà défloré S***. Car, innocemment (?¡), j’ai garé mon Ford sur une esplanade — esplanade à mecs, comme je m’en suis vite aperçu. S*** est-elle donc une ville chaude ?!?
Au café du Commerce (comme quoi, dans aucune ville de France, on n’est jamais perdu !), quand je m’en suis allé soulager une envie pressante dans les WC, j’ai lu ce graffiti fort intéressant — et même engageant : Le serveur suce bien. Je n’ai pas prêté attention à lui hier, et il faudra que j’aille voir de plus près sa gueule bientôt, car, ce matin, il n’était pas [de] service…
Attendez ! que je ne vous écrive pas tout à fait pour rien. Voici l’adresse du collège… [Suit l'adresse de l'établissement scolaire en question.] Voilà ! Vous êtes parés pour [votre voyage en] Indonésie. Grosses bises. A bientôt.
Romain
P.-S. - Peut-être trouvé quelque chose… de biscornu, bien sûr, tout à fait comme j’aime ! Dans tous les cas, cette lettre arrivera avant moi… Que faites-vous ce week-end ?… Bon, bref, vous serez tenus au courant… A la limite, comme mes chères colocataires de la Visitation m’ont déjà réclamé le loyer de septembre (vous voyez qu’elles sont rentrées !), je me contenterai, s’il le faut, d’un nécessaire-à-vivre, provisoire, d’ici à ce que… par exemple… vous soyez rentrés d’Indonésie ! Bon, je blague, mais l’affaire n’est pas encore faite, loin de là même, peut-être.
En tout cas, ces deux jours auront été amusants (quoique fatigants) — un peu comme un jeu de piste.
Je serai peut-être à Reims ce soir. Ou… Dieu sait où ! Sédentaire : le suis-je encore ?
Je vous laisse sur cette réflexion dernière. — Puisque, décidément, les événements font du tort à mon intégrité.
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